CHAPITRE VII
la majorité du conseil des ministres. Justement indigné qu’on violât ainsi le secret de son cabinet , Louis XVI destitua le comte de Narbonne.
L’Assemblée Législative s’en prit aussitôt à M. de Lessart; il lut sommé de venir- scj^défendre, et eut l’imprudence de communiquer aux députés sa correspondance avec le ministre autrichien Kaunitz. Dans leurs lettres, ces deux ministres s’exprimaient avec respect sur la constitution , et même avec réserve sur les mesures les plus funestes de l’Assemblée ; mais ils blâmaient sévèrement les violences des Jacobins et des Cordeliers , et signalaient avec force les usurpations de ces clubs au détriment des autorités constitutionnelles de l’État, sur lesquelles ils s’arrogeaient un impudent contrôle. Cette modération de sentimens fut la cause réelle de la chute de M. de Lessart. On l’attaqua de tous côtés : le comte de Narbonne et ses amis , par rivalité ; Brissot et ses adhérens , par politique , et afin d’écarter un ministre trop royaliste pour leurs desseins; les Jacobins enfin, par haine etpar vengeance. Il faut cependant qu’on ait été fort en peine de trouver des argumens contre ce ministre , puisque Brissot établit sa culpabilité par le raisonnement qui va suivre. Afin de présente!’ à l’empereur l’état de la France sous le point de vue le plus favorable, M. de Lessart
lui avait assuré que la majorité de la nation était fermement attachée à la constitution de 1791. «Atroce perfidie! s’écria Brissot; cet indigne ministre a voulu dire par là que la minfifitè lui était contraire » L’Assemblée recueillit de la même manière cette autre accusation : Avignon avait été le théâtre d’un horrible massacre, pendant qu’on s’occupait de réunir son territoire à la France. Vergniaud, l’ami et le collègue de Brissot , prétendit que si le décret eût été envoyé assez tôt à Avignon , le désordre n’eût pas eu heu ; et il accusa le malheureux de Lessart , pour n’avoir pas transmis sans délai le document officiel. Or, ce décret de la réunion n’avait été retardé que par les scrupules du Roi , qui hésitait à sanctionner ce
1 Cet étrange argument nous rappelle un essai , lu devant une société littéraire , sur les effets dangereux du vent d’est. L’auteur s’appuyait de citations nombreuses tirées de divers poèmes et d’ouvrages connus , dans lesquels l’Eurus est attaqué. Le savant auditoire subit avec résignation la moitié de sa peine , mais refusa de se soumettra à l’autre moitié , sachant que l’érudit auteur avait ÿ a
suffisamment fortifié son opinion par le témoignage de presque tous les poètes en faveur du vent d’ouest , ce qu’il regardait comme une preuve indirecte contre le vent d’est. C’était précisément la logique de M. Brissot.