CHAPITRE VII
qui lui semblait une invasion du territoire de l’Église. L’orateur le savait très bien ; et dans tous les cas , la connaissance ollicielle du décret n’eût pas plus empêché le massacre d’Avignon , dirigé par ce Jourdan Coupe-tête, l’homme à la barbe des scènes de Versailles, qu’elle n’eût empêché tant d’autres massacres dirigés depuis à Paris par des brigands de son espèce. L’orateur le savait encore , et cependant , avec une éloquence aussi fausse que sa logique, U évoquait de la Glacière, en témoignage contre de Lessart j les ombres sanglantes des malheureux, victimes, selon lui, de la négligence daministre. Mais en appelant la sévérité de la justice sur la tête d’un homme dont l’innocence était évidente, Vergniaud et ses amis préparaient secrètement un décret d’amnistie pour les véritables auteurs du massacre; de sorte que l’accusation dirigée contre de Lessart, peut être définie, une œuvre d’hypocrisie et de cruauté. Dans le cours de cette discussion*, Gonchon, orateur du fau-
1 Le discours de Gonchon se trouve dans le Moniteur du 9 mars 179a; mais il ne s’agit point de la même discussion : l’auteur a voulu dire dans une séance précédente , etc. Voici les expressions mêmes de ce Gonchon :
« L’éponge des* siècles peut effacer du livre de la ldi le chapitre de la royauté, mais le titre de l’Assemblée Nationale et de l’unité du Corps Législatif restera toujours intact.
35o VIE DE NAPOLÉON BUONAPARTE.
bourg Saint- Antoine , où résidait la principale force des Jacobins, avait déjà prononcé la sentence à la barre de l’Assemblée. « La royauté , avait dit ce démagogue , peut être rayée de la constitution; mais l’unité de l’Assemblée Législative brave l’action du temps. Courtisans , ministres , rois , liste civile , tout cela peut passer ; mais la souveraineté du peuple , et les piques qui la protègent sont éternelles. »
C’était trancher la question. Royaliste , quoique d’ailleurs assez timide , de Lessart devait être sacrifié pour servir d’exemjfle à ces ministre^ qui oseraient s’attacher à la personne et aux intérêts de leur souverain. Le décret d’accusation passa contre lui ; il fut envoyé à Orléans pour y être jugé par la haute-cour de cette ville. D’autres Royalistes de marque furent jetés dans la même prison , et enveloppés comme lui dans les affreux massacres de septembre 1792.
Le lendemain, Péthion , maire de Paris, vint à la barre, accompagné de la municipalité. Il
Oui, Messieurs, les courtisans , les Rois , les ministres, la liste civile passera ; mais les droits de l’iiorame , la souveraineté nationale et les piques ne passeront jamais. » Parodie encore plus barbare que ridicule de ces paroles de l’Évangile : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. (Edit.)