CHAPITRE VIII. 35g
détourner de prochains malheurs ; mais les voies ?
qu’il indiquait ne parurent point assez droites à l’honnête et bon Louis XVI , et Dumonriez eût été mieux placé auprès d’un souverain moins scrupuleux. Quoi qu’il en soit, le Roi avait une grande confiance dans le général , et si le général n’y répondit point par un dévoûment sans réserve, il est vrai au moins qu’il ne la trahit jamais.
Les ministres républicains avaient trop peu de talent pour jouer le rôle de graves aréopagistes, ou de tribuns populaires. Roland, par lui-même, n’était qu’un pédant ennuyeux; et il ne pouvait pas donner place à sa femme dans les conseils du Roi,' encore bien qu’elle cherchât, dit-on , à s’introduire dans les dîners ministériels 1 . Les collègues de Roland étaient du même caractère. Ils affectaient comme lui, avec le Roi, le mépris stoïque des formes de la cour.
Ces déférences , comme toute autre politesse de la société , coûtent cependant peu à observer ;
1 C’est ainsi qu'en parle Qk Ferrières ; il ajoute même que le rejet des prétentions de madame Roland aux dîners ministériels , fut la première cause de la mésintelligence entre les ministres. Mais rien de cela ne se trouve dans les Mémoires de madame Roland, et nous croyons qu’elle eut mentionné le fait s’il eût été réel.
36o VIE I)E NAPOLÉON BUON APARTE, il y a même de la grossièreté à les méconnaître Indépendamment de ces petites insultes, il y avait absence totale de confiance entre le Roi et ses ministres. Cherchaient -ils à pénétrer sa pensée sur quelque objet spécial, Louis détournait la conversation , et parlait vaguement d’affaires générales. Le Roi, de son côté, les pressait-il d’adopter quelque mesure particulière , ils se montraient froids , réservés , et prétextaient leur responsabilité. Était-il possible , en effet , que l’harmonie régnât entre le Roi et ses ministres républicains, quand le but principal de ces derniers était l’anéantissement de la dignité souveraine , et quand Louis savait , à n’en pas douter, que tel était leur dessein ?
Les Girondins etlesJacobins , qui marchaient au môme but , de front , mais avec des intentions différentes , commencèrent par retirer au Roi la garde que lui avait donnée la constitution , en remplacement des gardes-du-corps supprimés. Composée en partie des soldats de#la ligne , en
1 Roland , dont l’habill^pent ressemblait assez à celui „ d’un Quaker, s’étant un jour présenté chez le Roi , en souliers à cordons , contre les règles de l’élégance , le chambellan jeta sur lui un regard sévère en disant : « Comment , monsieur , pas ôe boucles ! — Ah ! s’écria Dumouriez , qni était toujours prêt à railler , tout est perdu ! »