CHAPITRE VIII
les sollicitations de ses ministres républicains.
L’énergie du monarque déconcerta les plans des conseillers girondins. Madame Roland entreprit de démontrer au Roi que ses scrupules l’entraînaient dans des voies erronées. Elle composa donc , au nom de son mari et de deux de ses collègues , une longue lettre que Dumouriez et les deux autres ministres refusèrent de signer. La citoyenne y parlait sur un ton quelle prétendait être celui de l’austère vérité; c’està-dire sans aucun des témoignages ordinaires de déférence et de respect, et avec une rudesse calculée pour blesser tous les sentimcns lmmains ou religieux de celui à qui 1 on donnait encore le titre de Roi. Hélas ! les vérités sévères parviennent difficilement aux souverains heureux et puissans ; mais comme elles parlent haut à l’oreille d’un Roi captif et délaissé !
Le Roi aurait pu répondre à ces rudes re- . montrances comme le chevalier désarmé et prisonnier qui reçoit un coup de son ennemi :
« Il y a peu de bravoure à cela maintenant. » Il témoigna, néanmoins , autant qu’il était en lui son mécontentement , en congédiant Roland et les deux autres ministres. Ce ne fut pas sans peine qu’il détermina Dumouriez , Duranton et Lacoste, à conserver leurs places et à chercher des successeurs aux ministres révoqués.
36B VIE DE NAPOXiÉON BUONAPARTE. *
Il fut même obligé , pour les décider , de ratifier le décret concernant l’armée départementale de vingt nulle hommes , mais à la condition que le camp serait à Soissons , et non sous les murs de Paris. Quant au décret contre les prêtres , sa résolution demeura inébranlable. C’est ainsi que la religion , qui depuis un demisiècle avait été si négligée en France, intervint alors assez fortement pour décider du sort de Louis XVI et de celui du royaume.
Les trois ministres congédiés affectèrent de se féliciter mutuellement de ce qu’ils étaient affranchis d’une étiquette en opposition si manifeste avec leurs opinions et leurs vertus républicaines. Ils se félicitaient de ne plus figurer dans les antichambres d’un palais où l’on devait porter à ses souliers des boucles au lieu de cordons , où il fallait endurer les hauteurs d’un . chambellan et d’un maître des cérémonies , où le citoyen patriote était obligé de parler le langage d’un courtisan , et de donner le titre de sire et de majesté à un être dont l’organisation physique ressemblait à celle de tous les hommes. Ces pauvres rêveurs politiques ne tardèrent pas à savoir qu’il est des nécessités plus dures à subir que l’étiquette de la cour , et qu’une république peut donner des maîtres plus sévères que ne l’était le bon et doux Louis XVI.