‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 183 sur 204 · CHAPITRE VIII. 36g · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 36g

Aussitôt après leur renvoi , ils coururent à l’Assemblée réclamer les louanges dues à la vertu malheureuse , et produire cette lettre . devant ceux pour qui elle était réellement écrite , leurs amis les démocrates des tribunes.

Ils furent en conséquence accueillis par des acclamations, comme victimes de leur patriotisme ; mais cette ardeur d’applaudir se refroidit tout à coup , lorsque Dumoüriez , qui parlait avec facilité, et qui avait rassemblé des preuves à l’appui de ce qu’il venait dire , lança contre Roland et ses deux collègues une accusation de négligence complète et d’incapacité absolue. Il montra les armées non recrutées , les places fortes sans garnison , les commissariats désorganisés , et contraignit l’Assemblée à recevoir sa dénonciation contre ses anciens collègues au ministère.

Cependant, malgré l’impression momentanée que ces communications menaçantes produisirent , Uadroit et inconstant orateur s’apcrj r çut qu’il ne pourrait guère se maintenir luimême, qu’en obtenant, si la chose était possible, le consentement du Roi au décret contre les prêtres réfractaires. Il fit donc un dernier effort, conjointement avec ses collègues éphémères ; il déclara qu’il était convaincu qu’un

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refus opiniâtre de la part du Roi déterminerait une insurrection , et offrit sa démission, dans le cas où cet avis ne serait pas adopté. « Ne pensez pas m’effrayer par des menaces , répondit le Roi ; mon parti est pris. »

Duraouriez n’était pas homme à s’ensevelir sous les raines de la monarchie, ne pouvant en prévenir la chute. Il demanda une seconde fois sa retraite , et l’obtint , non sans quelques marques de sensibilité réciproque de la part du monarque et du ministre. Conservant ainsi une partie de son crédit sur l’Assemblée , qui appréciait d’ailleurs ses talens et désirait les employer contre l’ennemi , il partit pour la frontière , et alla prendre le commandement de l’avant-garde victorieuse des Français.

Voici donc Louis XVI exposé à toute la fureur révolutionnaire , sans un seul pilote qui pût l’aider à lutter contre la tempête. Le petit nombre de courtisans, ou, pour mieux dire, d’anciens amis qui restaient à ses côtés , ne possédaient ni talens pour le guider, ni influence pour le soutenir. Ils ne pouvaient que plaindre ses malheurs et partager son destin. Lui-même se montrait convaincu que sa mort était prochaine , sans rien céder , pourtant , sur des points où il croyait sa conscience engagée ; sans rien perdre du calme et de la sérénité de son

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