‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 184 sur 204 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

caractère. Proposer son abdication , était peutêtre le seul moyen qui lui restât d’échapper à son sort ; mais un roi déposé n’a pas long-temps à vivre; et le monarque n’avait aucune garantie que les conditions qu’il pourrait obtenir du parti de la Gironde, seraient ratifiées par leurs farouches rivaux du parti jacobin. Ces derniers avaient résolu , dès long - temps , de fonder leur pouvoir inique sur les débris de la royauté gisante à leurs pieds. Ils affectaient pour la cause du peuple cette ardeur de zèle qui ne recule pas même devant un meurtre. Ils avaient attribué à la couronne et au malheureux Roi , tous les crimes et tous les désastres de la révolution. Il leur restait à prouver que cette accusation était sérieuse , en immolant Louis XVI , comme victime expiatoire. Dans tous les cas, le parti le plus noble que le Roi pût embrasser, était, non pas de déposer volontairement la couronne , mais d’attendre le moment qui devait terminer, d’un seul coup , son règne et son existence. Il forma donc un dernier ministère des restes découragés du parti constitutionnel , qui essayèrent encore une lutte faible et inégale contre les Girondins et les Jacobins de l’Assemblée. Leur administration ne fut pas de longue durée.

Ces deux factions se réunirent alors dans le

but de détrôner Louis XVI à force ouverte. Le girondin Yergniaud l’avait déjà proclamé dans une séance. « Il faut, avait-il dit, il faut que la terreur rentre , au nom du peuple , dans ce palais fameux , d’où elle est sortie tant de fois au nom du despotisme. »

Encore bien que l’insurrection fût résolue, et solennellement avouée , les deux factions rivales s’observaient avec inquiétude , redoutant également l’usage qu’elles feraient de leurs forces après la victoire. Mais elles étaient surtout dominées par un désir commun , la destruction du trône et l’établissement d’une république, où les Girondins espéraient donner la loi , où les Jacobins comptaient dominer par l’anarchie. Un mouvement fut donc organisé. Il avait tous les caractères de celui de V ersailles ; dans l’une et l’autre occasion , les Jacobins donnèrent l’impulsion, et se chargèrent des premiers rôles. Les Girondins espéraient, au 20 juin 1792, comme les Constitutionnels , au 6 octobre 1 789 , recueillir les fruits d’une entreprise , dont l’accomplissement était au-dessus de leurs forces. Sous la dépendance absolue de Robespierre de Danton et des autres Jacobins , la commune de Paris avait depuis long-temps pris ses mesures à cet égard. Sous le prétexte d’armer le peuple contre une invasion étrangère , elle avait distri-

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