‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 189 sur 204 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dehors. Ce discours produisit un grand effet, dans la bouche d’un homme connu par son courage , et redouté pour son influence. A la vérité, les Girondins proposèrent de s’informer si La Fayette était autorisé par le ministre de la guerre à quitter l’armée. Assurément, disaient-ils avec ironie , les Autrichiens ont abandonné nos frontières, puisque le général de l’armée française est à Paris. Une majorité considérable , néanmoins , accueillit la motion du constitutionnel Ramond ; celui-ci , après avoir salué La Fayette du nom de fils aîné de la liberté, demanda et obtint qu’il serait fait, une enquête sur les causes et l’objet des désordres dont se plaignait le général.

Le début de l’entreprise hardie de La Fayette fut donc heureux ; mais il ne trouva point à Paris l’appui qu’il avait espéré. Fermer le club des Jacobins , tel était sans doute son projet ; mais il ne se vit point entouré de la force nécessaire pour y parvenir. Il indiqua , pour le lendemain , une revue générale de la garde nationale , se flattant sans doute qu’elle allait encore se montrer docile et empressée à sa voix ; mais il s’en fallait de beaucoup que cette armée civique fût dans l’état où il l’avait laissée à son départ. Le corps des grenadiers , composé de la haute classe des habitans , avait été , sous le

prétexte du principe général d’égalité, amalgamé dans les compagnies formées des classes inférieures et dont les idées étaient plus favorables à la révolution. On avait aussi remplacé plusieurs officiers dévoués à La Fayette et à la constitution. En un mot, grâce à un système d’outrages et de mauvais traitemens, on était parvenu à dégoûter du service tous ceux qui professaient les mêmes opinions , ou qui montraient un reste d’attachement pour le souverain. Ce fut par ces moyens que le maire de Paris, Péthion, parvint à empêcher la revue de la garde nationale. Quelques grenadiers des différentes sections se présentèrent , à la vérité , mais en si petit nombre , qu’ils se retirèrent en hâte et avec effroi.

Les Girondins et les Jacobins, étroitement unis à cette époque , reprirent courage , sans oser toutefois faire arrêter La Fayette. Le général , de son côté , ne vit plus d’autre moyen de salut pour le Roi , qu’une nouvelle tentative de fuite. Il la conseilla , et offrit de la protéger par tous les moyens en son pouvoir. La proposition fut discutée et rejetée, à cause de l’aversion que la Reine portait k La Fayette , qu’elle regardait assez naturellement, quoique injustement sans doute , eu égard à l’intention , comme la cause primitive des malheurs du Roi. Après deux

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