CHAPITRE VIII
Girondins allèrent chercher de fidèles satellites.
Barbaroux, l’un des plus ardens admirateurs de la révolution , jeune homme , comme le Séide du Mahomet de Voltaire, rempli d’enthousiasme pour une cause dont il ne soujv çonna jamais le secret, offrit d’amener de Marseille , sa ville natale , un bataillon de fédérés , hommes qui savaient mourir, disait-il ; et l’on peut ajouter, d’après l’expérience , bourreaux qui savaient tuer. En retraçant l’histoire de ces vils et sanguinaires démagogues, il est impossible de ne pas remarquer les contrastes qu’offre ce jeune et généreux Barbaroux. Doué des qualités du corps et de l’esprit , plein de désin téressement, il sacrifia son bonheur domestique, sa fortune et enfin sa vie à son zèle irréfléchi , mais sincère pour la liberté. Dès le commencement, Marseille l’avait vu l’un des plus chauds partisans de la révolution ; et il avait trouvé parmi ses concitoyens opposition et faveur tout ensemble, avec cette violence ordinaire sous le soleil du Midi. Il admira d’abord les extravagans écrits de Marat et de Robespierre ; mais quand il connut personnellement leurs auteurs , il n’éprouva plus que dégoût pour la bassesse de leurs sentimens et la férocité de leur esprit . Il se réunit alors aux Girondins , et offrit sçn culte à la liberté , sous les auspices de l’aimable
3<J2 VIE DE NAPOLÉON liUON APARTE.
et belle citoyenne Roland , qui desservait parmi eux ses autels.
Outre l’avantage d’être guidés par ce chef enthousiaste, les Marseillais étaient encore électrisés dans leur marche par l’un des plus beaux hymnes que la liberté ou la révolution aient fait naître. Il avait été convenu entre les Jacobins et les Girondins , que les étrangers , à leur arrivée à Paris, seraient reçus fraternellement par les faubourgs et tous autres rassemblemens aux ordres de ces deux factions. Ainsi réunis, ils devaient porter secours à la municipalité , occuper les ponts et les postes principaux de la ville. Leur quartier -général devait être établi dans le jardin des Tuileries, où les conspirateurs espéraient se trouver assez en force pour obliger le Roi à déposer sa couronne ou prononcer eux-mêmes sa déchéance.
Ce plan avorta par la poltronnerie 1 de Santerre , chef des insurgés dans les faubourgs. Il devait conduire quarante mille hommes à la rencontre des Marseillais ; très peu s’y rendirent. Les Marseillais ne s’effrayèrent point de leur petit nombre. Réduits k environ cinq cents hommes, ils traversèrent les rues de Paris , à la
J M. Lacretelle dit par la jalousie ; tome III , page i8o.