‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 20 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sues publiques. Ces nombreuses agrégations au corps privilégié de la noblesse s’accordaient mal avec sa composition originelle; le schisme et la division s’introduisirent parmi ses membres. Les descendans de l’ancienne chevalerie française regardaient avec hauteur et mépris ces hommes nouveaux qui , sortis peut-être de la lie du peuple , réclamaient , par le droit de la richesse , une part dans les privilèges de l’aristocratie.

En second lieu, il n’existait que trop de motifs d’éloignement enti’e les anciens nobles eux-mémes : o’est-à-dire ceux qui trouvaient encore dans leur fortune les moyens de soutenir leur dignité , et ceux , en bien plus grand nombre , qui ne pouvaient arriver au même but qu’en acceptant des pensions de l’Etat. Sur mille maisons , à peu près , dont on a calculé que se composait l’ancienne noblesse, il n’y avait pas plus de trois cents familles capables de soutenir leur rang sans l’assistance de la couronne. Leurs prétentions exclusives aux grades militaires , aux places du gouvernement , et à l’immunité des taxes , telles étaient leurs uniques ressources; ressources onéreuses pour l’État , et odieuses au peuple , sans être proportionnellement profitables à ceux qui les possédaient. Dans le service militaire même, considéré

comme un droit de la naissance , la classe de nobles dont nous parlons, dépassait rarement de certaines limites. Quelques uns, après de longs services , parvenaient quelquefois au grade de lieutenant-colonel , ou au gouvernement d’une petite ville ; mais les plus riches récompenses pour une vie passée dans les camps, étaient réservées à la haute noblesse. Il en résulta, comme une conséquence rigoureuse, que parmi ce nombre considérable de nobles qui languissaient dans la pauvreté , et ne pouvaient en sortir par les moyens de l’industrie commune ; il en résulta , disons-nous , que plusieurs d’entre eux furent obligés de recourir à des pratiques peu délicates ou déshonorantes; et que les maisons de jeu et les lieux dfe débauche se virent fréquentés et soutenus par des individus que leur naissance , leurs litres et leurs décorations ne sauvèrent pas de soupçons qui intéressaient de fort près leur honneur, et compromettaient la dignité du corps tout entier.

Indiquons ici une troisième division de l’ordre : la haute noblesse , c’est-à-dire les hommes du premier rang , dont un grand nombre vivait à la cour, dans les grands emplois de la couronne ou de l’Etat , et la noblesse campagnarde qui résidait dans ses terres , en province.

Celte dernière classe était tombée, peu à

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