‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 21 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

peu dans un mépris général , et c’était un vrai sujet de regret. Elle était raillée , et dédaignée par les courtisans , qui riaient de la rusticité de ses formes , et par les nobles de nouvelle création, qui, tout fiers de leurs richesses, méprisaient la pauvreté de ces familles anciennes mais déchues.

« Le robuste paysan » lui-même n’est pas plus l’orgueil d’un royaume, que le simple gentilhomme de campagne qui vit de ses propres ressources , au milieu de ses vassaux , et devient aiasile protecteur et l’arbitre naturel du cultivateur et des gens qu’il emploie , au besoin même , le plus ferme appui de leurs droits et des siens contre les envahissemem de la couronne, ou le défenseur fibre et intrépide des droits de la couronne, contre les innovations du fanatisme politique 1 . Dans la V endée seule , les nobles avaient uni leurs intérêts et leur sort à ceux de leurs fermiers ; et là , seulement , ils se trouvaient dans la situation qui leur convenait , dans l’honorable situation de gentilshommes résidant sur leurs domaines , et. remplissant les devoirs sacrés qui sont attachés à la qualité de proprié-

1 loi l'auteur veut parl^£ du corps des Squires anglais , propriétaires-gentilshommes , dont Fielding a tracé deux portraits qui font contraste : son Squire AlUvorthy et le Squire Western , dans Tom Jones. {Édit.)

Vie de Nap. Buom. Tome i. 3

34 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, taires ; et ce qu’il faut surtout remarquer, c’est que la Vendée seule opposa quelque résistance en faveur des anciens propriétaires , de la constitution et de la religion du royaume ; parce que là seulement les nobles et les cultivateurs du sol observaient entre eux les relations naturelles de patrons et de cliens , de subordonnés fidèles , de maîtres affectionnés et généreux Dans les autres provinces de France , généralement parlant , la noblesse n’avait conservé aucun pouvoir, aucune influence sur les gens de cajnpagne, qui se laissaient guider par des hommes appartenant à l’Eglise , au barreau, ou aux affaires. Ces derniers possédaient, en général, plus d’instruction, de talent et de connaissance du monde, que cette pauvre noblesse campagnarde , aussi mal à l’aise et à l’étroit dans les limites de son ordre , que si elle eût été emprisonnée dans le donjon de ses châteaux délabrés ; cette noblesse pauvre , qui n’opposait que des titres et de poudreux parchemins à la t supériorité réelle des richesses et des connaissances, si universellement répandues dans la classe qu’elle affectait de mépriser. Voilà pour-

1 L’auteur semble ici faire un rapprochement indirect entre la noblesse vendéenne et le système patriarcal des Clans d’Écosse. (Édit.)

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