‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 22 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

quoi Ségur 1 représente les nobles de campagne du temps de sa jeunesse, comme des hommes légers, ignorans, querelleurs, évités par les classes moyennes plus instruites ; paresseux , dissipés , et perdant leurs momens de loisirs dans les cafés , aux théâtres et dans les billards.

Les familles riches et la haute noblesse voyaient cette dégradation de la partie inférieure de l’ordre , non seulement sans regret, mais peut-être avec plaisir. Autant elles avaient dépassé les limites de leurs attributions naturelles, autant la noblesse de campagne était restée en deçà de ces limites. Ces hauts nobles n’avaient que trop bien suivi le sentier tracé par Richelieu à leurs ancêtres. Au heu de se montrer les chefs et lés guides naturels de la noblesse et de la gentilhommerie de province, ils ne songeaient qu’à intriguer pour obtenir du monarque des charges auprès de sa personne, des emplois dans le gouvernement, de nouveaux titres, des décorations nouvelles, enfin tout ce qui pouvait flatter leur vanité, et les distinguer du noble indépendant. Leur éducation, leurs habitudes, étaient d’ailleurs incompatibles avec les pensées graves et une conduite sérieuse. Si la trompette eût sonné ,

1 Dans ses Mémoires. [Édit.)

sans doute ils eussent promptement répondu à l’appel ; mais des lectures futiles , des amusemens le plus souvent puérils et frivoles , une ardeur constante à rechercher le plaisir, une succession perpétuelle d’intrigues , soit d’amour, soit de politique pour de petits intérêts , les rendaient aussi insignifians , en temps de paix, que ces femmes de la cour, objets perpétuels de leurs désirs et de leur galanterie. 1

Pendant que la haute noblesse de France s’égarait à la poursuite de ces chimères , les procureurs , baillis , hommes d’affaires, intendans , quel que soit le nom qu’on veuille leur donner, exerçaient réellement l’influence dédaignée par leurs commettans, parvenaient à un degré de crédit et d’autorité qui faisait perdre le souvenir d’un propriétaire éloigné et insouciant, et

1 y oyez , pour le tableau curieux de la vie des nobles de France , il y a cinquante ans , le premier volume des Mémoires de madame de Genlis. S’il eût existé parmi eux quelque objet d’occupation plus sérieux que les joyeuses bagatelles qu’elle rapporte si agréablement , il n’eût sans doute pas échappé à l’attention d’un observateur si ingénieux. *

' Madame de Genlis , qui , dans ses Mémoires , a parlé avec tant de dédain du talent de Walter Scott, s’attend-elle à cette courtoisie de l’auteur écossais ? ( Édit .)

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