CHAPITRE I
ils formaient ainsi, dans l’État, une classe d’hommes peu différente de celle des middlemen d’Irlande Ces agens étaient nécessairement d’extraction plébéienne, et leur profession voulait qu’ils connussent bien la marche des affaires , puisqu’ils administraient celles de leur seigneur. Un grand nombre de ces individus arrivèrent aux places et à la fortune pendant le cours de la révolution , semblables à ces habiles visirs qui succèdent au pouvoir qu’un sultan abandonne pour une voluptueuse oisiveté. On aurait pu dire avec raison , de la haute noblesse , qu’elle faisait toujours l’ornement de la France, mais qu’elle n’en était plus le bouclier. Pleine de bravoure et d’honneur, elle possédait aussi des talens remarquable^ mais les liens étaient rompus entre elle et les ordres inférieurs, sur lesquels elle aurait dû exercer une influence proportionnée et légitime. La
* Middlemen , hommes du milieu , c’est-à-dire intermédiaires. Les middlemen servent en effet d’intermédiaires entre le maître de la terre et le vrai fermier. C’est une classe de facteurs qui louent un domaine pour le sousaffcrmer, généralement en détail ou par lots, et avec bénéfice , à'des sous-tenanciers. Il y a , comme on voit, une grande analogie entre les middlemen d’Irlande et les tacksmen d’Écosse. ( Voyez la note de la nouvelle édition de IVaverley, tome I,r. ) (Édit.)
rouille du temps s’était mise à tous les anneaux de la chaîne qui avait lié le corps entier par une gradation insensible ; chaîne déjà violemment • forcée en plus d’un endroit, et môme brisée avec mépris. La haute noblesse avait rejeté au loin et dédaigneusement le plus bel ornement de sa parure; nous voulons dire l’amour et le respect des nobles de campagne, des laboureurs et des paysans : avantage si naturellement associé à sa condition dans un Etat bien constitué, etfondé sur des principes tellement estimables , que celui qui le dédaigne ou l’annulle , est coupable de haute traliison , pour ainsi dire , envers son ordre et la société tout entière. Ce changement néanmoins s’était opéré en France, au point qu’on aurait pu comparer la noblesse à une épée de cour, dont la poignée était ciselée, chargée d’orneinens et de dorures, propre à briller dans un jour de parade , mais dont la lame était brisée , ou composée du plus vil métal.
Il nous reste maintenant à faire observer qu’indépendamment de toutes ces distinctions établies parmi les nobles , le corps lui-même était di visé par des divergences essentielles dans les opinions politiques. Plusieurs de ses membres, frappés des embarras du royaume , étaient prêts à contribuer autant que possible à sa règénéra-