‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 24 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tion, en faisant noblement le sacrifice de leurs privilèges. Ceux-là, par conséquent, penchaient pour une réforme dans la constitution primitive de la France. Mais , outre ces hommes éclairés , la noblesse comptait malheureusement un grand nombre d’individus dénués de ressources , ne possédant aucun des avantages ordinairement réservés à leur qualité, et que leur naissance, aussi-bien que leur éducation, ne faisait que rendre plus dangereux et plus dissolus. Un plébéien déshonoré par ses vices, ou accablé par la misère qui en est la conséquence , retombe aisément dans l’oubli dont ses richesses ou sa réputation personnelle seules avaient pu le tirer; mais le noble conserve souvent les moyens comme le désir, de se venger sur la société , d’une exclusion qui ne l’alfecte pas moins sensiblement parce qu’il sait qu’elle est méritée. Tels furent ces jeunes débauchés de Rome, parmi lesquels Catilina trouva des associés qui égalaient leur chef en talens et en dépravation. Tel fut ce fameux Mirabeau, expulsé en quelque sorte de son ordre , comme un déhonté libertin , et qui se présenta dans la lice révolutionnaire , en qualité de réformateur suprême et de défenseur populaire des intérêts du tiers-état.

L’Église , cette seconde colonne de la monar-

cliie , ne reposait pas sur des fondemens beaucoup plus solides que la noblesse. Généralement parlant , on peut dire que le haut clergé , depuis long-temps , avait cessé de prendre à sa profession tout l’intérêt qu’elle réclame, ou de l’exercer de manière a mériter les respects et les affections des hommes.

L’Eglise catholique avait vieilli ; et malheureusement il n’était pas en elle de rajeunir ses doctrines , ou de perfectionner assez sa constitution, pour les mettre en harmonie avec les progrès des connaissances humaines. Les prétentions à l'infaillibilité qu’elle avait élevées et maintenues durant le moyen âge, prétentions qu’elle ne pouvait ni répudier, ni modifier au gré des lumières du siècle , menaçaient , comme ces tours trop massives pour leur base , d’entraîner la ruine de l’édifice qu’elles devaient protéger. Vestigia, nulla retrorsum * : telle était toujours la devise de Rome. Elle ne pouvait rien expliquer, rien adoucir, rien concéder, sans se mettre en contradiction avec son système d’infaillibilité. Il lui était également impossible d’expliquer d’une manière satisfaisante, ou d’abandonner tout ce mélange de prétentions extravagantes , d’assertions incroyables , de doc-

1 Jamais de pas en arrière. ( Édit .)

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