CHAPITRE II
ou que Dieu lui-même eût perdu son tonnerre.
De ce Cocyte pestilentiel découlèrent ces sources de libertinage qui déshonorèrent la France sous le règne de Louis XY, et qui continuèrent de corrompre la société , les moeurs , et surtout la littérature , au’ temps de Louis XYI , quoique ce prince donnât personnellement l’exemple de toutes les vertus domestiques. Nous ne parlerons point ici de ces frivolités littéraires où la gaîté et l’imagination dépassent les limites tracées par la délicatesse et la décence. Les ouvrages de cette espèce se retrouvent dans la littérature de presque tous les peuples , et sont généralement entre les mains de ces hommes de plaisir et de ces débauchés à qui la pratique du vice est si familière , que la théorie ne saurait guère les rendre pires qu’ils ne sont. Mais il existait un ton d’immoralité voluptueuse et séduisante , qui ne régnait pas seulement dans les compositions légères des Français , mais qui se faisait encore sentir dans les écrits de ceux qui prétendaient être admirés comme des poètes du premier ordre , ou qui voulaient qu’on les écoutât comme des philosophes sublimes. Yoltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, dont les noms seront toujours l’honneur et la gloire de la France, furent en cela si coupables , que les jeunes gens et l’homme ver-
tueux sc trouvent dans la nécessité ou de rejeter entièrement des ouvrages, sujet des entretiens journaliers et d’une vive admiration, ou de rencontrer, dans cette lecture, beaucoup d’opinions qui blessent la décence , outragent la morale , et risquent d’altérer la pureté de leurs mœurs. Ce dernier parti fut universellement adopté ; car la curiosité nous fait lire un mauvais livre , comme une soif ardente nous fait boire à une coupe empoisonnée.
L’affranchissement de toute retenue avait fait de tels progrès dans la société française; l’impureté habituelle du langage et des idées s’y était propagée à un tel point, surtout parmi ceux qui prétendaient au titre de philosophe , que madame Roland , femme d’un cornage et d’un talent admirable , et de mœurs pures , selon toute apparence , non seulement représente les romans immoraux de Louvet 1 comme remplis des grâces de l’imagination , du sel de la critique et du ton delà bonne philosophie; mais encore qu’elle fournit au public , sur ellemême, des anecdotes qu’une courtisane de haut parage hésiterait à reproduire dans un entretien particulier. 1
1 Faublas, elc. [Édit.)
4 Les anecdotes dont nous parlons , quoique supprimées