‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 37 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette licence, d’accord avec la corruption des mœurs , dont elle est à la fois et le signe et la cause, conduit droit aux sentûnens les plus contraires à un mâle et vertueux patriotisme. La volupté et ses conséquences rendent le libertin inhabile à goûter tout ce qui est simplement beau ou sublime dans la littérature ou dans les arts. Elles tuent le goût en même temps qu’elles dégradent et énervent l’intelligence. L’oubli des mœurs mène surtout à la poursuite exclusive d’un avantage personnel , car l’égoïsme est sa source et son essence. L’égoïsme est nécessairement le principe opposé du patriotisme. L’un n’a pour objet que le plaisir ou l’intérêt privé de l’individu ; l’autre exige le sacrifice non seulement de tous ces avantages personnels , mais encore de la fortune et de la vie même , pour le bien général. Voilà pourquoi le patriotisme a toujours fleuri dans un État où brillaient les vertus mâles et sévères du désintéressement , de la tempérance, de la chasteté , du mépris des richesses, de la patience et de la magnanimité.

dans la seconde édition des Mémoires de madame Roland, sont rétablies dans la Collection de Mémoires relatifs à la révolution , qui se publient en ce moment à Paris. On a eu raison ; car si les détails sont dégoùtans, les renseignemens qu’ils donnent sur le caractère de l’auteur sont trop précieux pour qu’on les laisse échapper.

Vie n* N*p. Buoh. Tome i.

L’esprit public fut toujours chez un peuple en proportions égales avec les mœurs privées.

Où l’imn^ralité domine , la religion ne peut exister , pas plus que la lumière d’un flambeau dans un air méphitique. L’impiété prévalait donc en France, dans presque toutes les classes de la société. Les erreurs de l’Église de Rome, ainsi que nous l’avons déjà dit, liées comme elles l’étaient à son ambitieux désir d’exercer à la fois un empire spirituel et temporel sur les hommes, étaient devenues depuis long-temps, pour les philosophes, le thème de leurs déclamations , et pour les satiriques l’objet de leurs traits moqueurs. Mais en combattant ces prétentions, et en les vouant au ridicule, les philosophes du siècle y enveloppèrent les doctrines générales du christianisme lui-même . Bien plus , non contons de nier la révélation , quelques uns étouffèrent sous leurs paradoxes les inspirations d’une religion naturelle que nous apportons en naissant comme un des élémens nécessaires de la vie. A l’exemple de la populace furieuse du temps de la réforme , mais infiniment plus coupables , non seulement ils brisèrent les symboles d’idolâtrie que l’ignorance ou l’artifice des prêtres avaient introduits dans le christianisme, mais ils portèrent une main sacrilège sur l’autel, et le dépouillèrent de son caractère auguste.

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