‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 38 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les philosophes , puisqu’ils prenaient ce titre , travaillèrent à cette œuvre avec tant de zèle, de constance et d’ardeur, qu’ils prouvèrent que l’impiété , comme la religion , peut avoir scs fanatiques. Une fureur acharnée contre le christianisme et ses doctrines; un empressement incroyable à saisir toutes les occasions de faire prendre une fausse idée du christianisme; une adresse à mêler leurs opinions dans des ouvrages qui paraissaient les moins propres aux discussions de cette nature ; mais surtout une opiniâtreté à déverser la calomnie, le ridicule et la honte sur quiconque osait attaquer leurs principes ; voilà ce qui caractérisait les complices de cette fameuse trame contre mie religion que l’intervention humaine peut altérer sans doute, mais qui 11e respire que cette paix et cette charité universelle , proclamées par le ciel même quand elle en descendit sur la terre. 1

Que ces écrivains aveuglés par la prévention et la haine eussent ressenti , pour la vérité , la

1 Écrasez V infâme ; l’auteur fait surtout allusion ici à ce mot terrible de Voltaire : si nous sommes forcé de reconnaître la justesse de cette récrimination contre les esprits forts du dix-huitième siècle , nous pouvons remarquer que l’Angleterre avait en même temps son foyer d’athéisme. Il est permis de nommer, parmi les apôtres de l’irréligion , les deux littérateurs anglais les plus sérieux de

68 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, moitié de cet amour dont ils faisaient profession , et pour leurs semblables , la moitié de cette bienveillance dont le nom se trouvait éternellement sur leurs lèvres , ils auraient cherché une idée juste de l’esprit du christianisme, non pas dans l’usage que des prêtres ambitieux ou d’insensés enthousiastes ont fait du mot luimême , mais dans les bienfaits immenses et essentiels que la religion chrétienne a répandus au loinparmiles hommes. Ils auraient vu que mille superstitions cruelles et sanguinaires avaient disparu devant elle ; qu’elle avait détruit la polygamie, et tous les obstacles qui en résultent pour le bonheur des familles, l’éducation convenable de la jeunesse, et les progrès naturels de la civilisation. Ils auraient été forcés de convenir que l’esclavage , qu’ils regardaient ou affectaient de regarder avec tant d’horreur, fut modifié d’abord, puis enfin aboli par l’influence des doctrines du christianisme ; qu’iln’était point de vertu favorable à la dignité de l’homme , ou avantageuse à la société , qui ne fût prescrite par les principes qu’ils s’efforcaient de dénaturer et d’affaiblir ; point de vices honteux pour notre di-

cette époque : Hume et Gibbon. Une révélation posthume nous force de ranger dans la classe des incrédules un troisième historien, le sage ministre Robertson ,mais qui ne manifesta jamais publiquement son opinion. (Édit.)

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