‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 40 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

moins calculer mûrement ce qu’il y aurait à gagner en déracinant un arbre qui donnait de si bons fruits, sans s’ètrc ménagé les moyens de lui en substituer un autre qui offrît les mêmes avantages dans l’intérêt commun.

Aveuglés par une vanité déplorable ; jaloux ,de prendre part à la controverse ; heureux de satisfaire leur amour-propre littéraire en entrant dans une ligue qui comptait des princes et des rois; ardens à grossir le nombre de leurs affiliés en flattant l’orgueil des mis et la cupidité des autres, les plus grands génies de la France firent partie d’une espèce d’anti-croisade 1 contre le cliristianisme , et véritablement contre les idées religieuses de toute espèce. On ne sait que trop quel fut leur succès ; et quand on se rappelle que ces hommes de lettres qui dégradèrent les mœurs et enlevèrent à la religion tant de leurs compatriotes , étaient parvenus à l’estime publique sous la protection des hautes classes de l’État, on se souvient malgré soi de ce champion d’Israè'l * que les Philistins se firent amener

' Anti-crusade. Ce mot sera peut-être relevé comme nouveau : mais il traduit un mot également nouveau en anglais. Peut-être, si la construction de la phrase le permettait, il eût mieux été de mettre contre -croisade dans le sens de contre-opposition. [Édit.)

* Voyez le livre des Juges. [Édit.)

dans le temple de Dagon pour leur servir de jouet dans leur orgie , et qui renversa l’édifice sur leurs têtes et la sienne.

Nous n’accusons point la nation française tout entière d’avoir manqué à la religion et aux mœurs; encore moins prétendons-nous que la révolution qui éclata en France ait eu pour cause exclusive la licence et l’impiété , qui d’ailleurs n’étaient que trop répandues. La nécessité d’une grande réforme dans les principes de l’antique monarchie , avait sa source dans les usurpations des précédens monarques sur les libertés de leurs sujets; l’occasion d’opérer cette réforme naquit de la faiblesse du gouvernement de l’époque , et de la pénurie de ses finances. Ces causes eussent existé , alors même que la cour de F rance et les classes supérieures cultivant les mœurs simples et vertueuses de Lacédémone , y auraient joint la foi vive et pure des premiers chrétiens; toute la différence, c’est qu’un peuple simple, vertueux et religieux se fiât contenté de cliangemens et de modifications politiques qui eussent détourné les maux dont il se plaignait avec tant de justice et de raison. Il se serait efforcé de corriger les défectuosités matérielles de sa constitution , sans se jeter dans les extrêmes par amour pour des théories chimériques, et par la vanité de faire triompher ses

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