CHAPITRE II
doctrines particulières , soit en philosophie, soit en politique ; il se fût défié des arguniens intéressés des démagogues , qui , pour amasser des richesses ou pour satisfaire leurs projets ambitieux , aspiraient , selon l’expression du poète dramatique ,
0 — dislurb the peace of ail the world
Ta rule it ivhen ’iwas wildest. * (Shakespeare.)
A troubler la paix de l’univers pour le gouverner lorsque le désordre serait à son comble. 1
Ce fut à de tels hommes que le ciel , en punition des crimes de la France et de l’Europe, peut-être aussi pour donner une leçon à l’humanité , voulut abandonner la conduite de la révolution française. Ajoutons que les premiers mouvemens de cette révolution , en tant qu’ils n’avaient pour but que de rendre au peuple sa liberté naturelle , et d’opposer une barrière aux usurpations de la couronne, étaient devenus non seulement désirables, par l’effet des circon-
1 Sans vouloir défendre nos démagogues et sans chercher à récriminer contre le caractère des républicains de 1649» ne pourrait-on pas demander ici compte, à l’auteur, des actes de la révolution anglaisePCromwell se disait armé du glaive du Seigneur, mais ce glaive respecta-t-il dans la main du bourreau la tête couronnée de l'oint du Seigneur? y eut-il en Angleterre un bouleversement total de la société ou une simple réforme ? [Édit.)
stances nouvelles et des changemens survenus dans l’opinion publique, mais encore nécessaires et tout-à-fait inévitables.
Le système féodal de France, comme celui du reste de l’Europe , renfermait dans son essence primitive tous les élémens de la liberté nationale. Les pairs, dépositaires des droits de tous , reconnaissaient la suprématie du roi , en sa qualité de suzerain, lui obéissaient comme chef militaire , et se soumettaient à ses jugemens comme juge suprême; mais ils n’accordaient aucune autorité despotique à sa couronne, et résistaient sans balancer au moindre empiètement sur leurs privilèges. S’ils ne se montraient pas toujours eux-mêmes défenseurs des droits et des libertés de leurs vassaux , ces actes arbitraires ne venaient point du système féodal , mais de l’imperfection de ce système. La tendance et l’esprit de ces institutions singulières avaient pour but de garantir à chacun ses droits légitimes et naturels ; mais un système presque tout militaire était exposé à de fréquentes infractions de la part de ces chefs redoutables qui , ne connaissant que leur épée , étaient peu faits par conséquent pour assurer le maintien de droits purement civils. Nous ne croyons pas nécessaire d’expliquer comment, depuis Louis XIII jusqu’à nos jours, d’ambitieux mo-