‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 42 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

narques , secondés par d’habiles et adroits ministres , parvinrent à s’émanciper des entraves de leurs puissans vassaux. Nous ne dirons pas non plus comment les descendans de ces grands feudataires qui résistaient au prince dès qu’il passait les bornes de son autorité légitime , se trouvaient maintenant rangés autour du trône en qualité de simples courtisans à qui la faveur royale, seule, donnait encore quelque lustre.

Cette politique étroite et malheureuse parvint néanmoins à son but, et la couronne de France réunit dans ses prérogatives presque toutes les libellés de la nation. Alors, semblable à ces animaux de proie gorgés outre mesure , elle put déplorer une voracité funeste, qui l’exposait presque engourdie et sans défense aux attaques de ceux qu’elle avait dépouillés.

Nous avons déjà remarqué que la nation française, pendant un laps de temps considérable, avait reporté sur la couronne toutes ses affections patriotiques ; que son amour pour la gloire militaire avait déterminé sa prédilection pour le souverain, en sa qualité de chel suprême des années , et que ce sentiment avait entretenu le dévoûment du peuple envers Louis XIV, soit pendant ses victoires , soit après ses défaites. Mais le règne suivant n’offrit point à l’imagination les mêmes prestiges. L’or-

gueil national se complaît dans l’érection d’un palais magnifique ; le splendide appareil des solennités publiques présente à la foule au moins le plaisir d’un jour de fête; les pensions accordées aux savans et aux hommes de lettres donnent encore à un pays la gloire attachée à la protection des arts ; mais la cour de Louis XV, qui présentait une somme égale de dépenses , en absorbait une grande partie pour elle-même. L’enrichissement de favoris avides par besoin , de leurs parens et de leurs parasites, n’avait rien de l’éblouissante munificence du grand Monarque. Les taxes devinrent chaque jour plus oppressives ; l’emploi du revenu public fit moins d’honneur au trône et à la nation ; il n’en résulta plus ce brillant éclat qui met sous les yeux du peuple satisfait le spectacle pompeux d’une solennité triomphale.

Le dédommagement que les Français avaient trouvé dans leur gloire militaire semblait aussi devoir bientôt leur manquer. C’était toujours la même valeur chez le soldat, mais ce n’était plus la tactique savante de ses anciens généraux; ce n’était plus la fortune de ce roi sous les auspices duquel il combattait autrefois : les destinées de la France paraissaient toucher à leur déclin. La victoire de Fontenoy, voilà tout ce qu’on pouvait opposer aux nombreux désastres de la

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