‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 43 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

guerre de sept ans. Faut-il donc s’étonner que sous un règne marqué par tant d’humiliations , le dévoûment et l’ enthousiasme du peuple pour le souverain aient commencé à décroître. En s’attribuant, en effet, le monopole de la puissance , le roi s’était rendu , en quelque sorte , personnellement responsable de toutes les fausses mesures de son gouvernement et de tous les revers qui affligèrent la nation. Telle est la position défavorable des princes absolus , qu’une mauvaise administration les expose exclusivement aux murmures populaires. Dans les gouvememens limités, au contraire , les rois ont une garantie puissante contre le mécontentement public , soit dans l’intervention des autres pouvons constitutionnellement établis, soit dans la responsabilité des ministres; mais le souverain qui s’est isolé sur les sommités du pouvoir, ne trouve ni digue ni abri contre la tempête.

Une autre cause non moins puissante ajouta aux dispositions hostiles que les Français du dix-liuitième siècle commençaient à montrer pour le gouvernement sous lequel ils vivaient comme des hommes qui s’éveillent après un songe agréable ; ils comparèrent leur condition à celle des sujets d’un État libre, et comprirent enfin qu’ils n’avaient jamais joui ou qu’ils avaient été successivement dépouillés de la meilleure

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part des privilèges et des immunités les plus précieuses que l’homme peut réclamer comme un droit naturel. Sans représentation nationale d’aucune espèce , sans autre appui que la faible résistance des parlemens, ils se voyaient exposés à subir des exactions sans mesure , au premier ordre qu’il plaisait au monarque de donner. La propriété des citoyens était donc à la disposition du souverain, quipouvaitaugmenter indéfiniment les impôts , et les exiger par la force au besoin. La liberté individuelle était également compromise parles lettres de cachet. Le peuple français, enunmot, n’avait, àproprementparler, ni liberté ni propriété ; et s’il fut exempt de maux qui pouvaient naître d’un gouvernement si défectueux , c’est que l’opinion publique, le caractère modéré de l’époque et la douceur naturelle des rois eux-mêmes s’opposaient , dans le dixhuitième siècle , au renouvellement de ces actes d’un cruel despotisme exercés trois siècles auparavant par Louis XI.

Ces abus , et d’autres encore provenant des privilèges immenses de la noblesse et du clergé en possession de l’immunité des taxes ; l’inégalité , l’injustice qui présidait à la perception des impôts ; d’autres vices notables de la constitution , surtout la concentration de tous les droits et de tous les pouvoirs dans la personne du sou-

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