‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 44 sur 204 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

verain , tout cela formait un système trop criant de sa nature, trop destructif dans ses conséquences , pour n’avoir pas provoqué les réflexions des esprits attentifs , ainsi que la haine et le dégoût de ceux qui souffraient plus on mcins de tous ces maux.

Cet état de choses , particulièrement , n’avait point échappé à ces raisonneurs subtils , à ces penseurs profonds , devenus , dès cette époque , les esprits dirigeans du siècle ; mais le despotisme sous lequel ils vivaient ne leur permettait pas de donner à leurs écrits un caractère spécial et utile. Dans un pays libre , les hommes sages , les hommes instruits ont la faculté d’examiner les institutions de leur pays. On les invite même à le faire pour défendre ces institutions contre les entreprises de novateurs téméraires , ou afin de proposer telles modifications que le temps ou des habitudes nouvelles peuvent avoir rendues nécessaires. Leur examen a donc un but utile , avantageux , celui d’améliorer la constitution existante, et non pas de la détruire ; et s’ils proposent des changemens dans quelques parties de l’édifice , c’est dans le but de consolider le reste ; mais en France on ne permettait pas de libre discussion en matière politique pas plus qu’en matière de religion.

8o VIE DK NAPOLÉON BUON APARTE.

Un traité sur la monarchie française , qui eût indiqué les moyens de mettre les institutions existantes plus en harmonie avec les vœux et le besoin du peuple , n’eût pas manqué de procurer à son auteur un logement à la Bastille. Cependant, les événemens qui suivirent ont prouvé qu’un système qui aurait introduit avec prudence et successivement , dans les formes vieillies du gouvernement français, l’esprit de liberté inhérent à toutes les monarchies féodales, dans leur origine , eût été le présent le plus précieux que la sagesse politique aurait pu faire au pays. De cette manière , les liens qui gênaient si cruellement les sujets auraient pu être graduellement relâchés, puis enfin tout-à-fait détendus, et l’on eût évité le périlleux expédient de les briser tout à coup. Mais , avec le talent nécessaire pour l’entreprendre , les philosophes n’avaient point la permission d’appliquer au gouvernement de la France les principes primordiaux sur lesquels il avait été fondé , ni de montrer comment il s’y était introduit des usurpations et des abus , ni de proposer un mode au moyen duquel , sans altérer les formes , ces usurpations pouvaient être réprimées et ces abus corrigés. Un écrivain avait bien la liberté de s’étendre fort au long sur les doctrines politiques ; il pouvait se créer une utopie ; il pouvait

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