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émettre des raisonnemens abstraits sur les droits constitutifs des gouvernemens ; mais , sous aucun rapport, il n’avait la permission de donner à ses plans une utilité pratique, en les appliquant au régime municipal de la France. Le savant •publiciste, à l’égard de son pays, se trouvait dans la position d’un médecin prescrivant , pour- la sultane favorite de quelque jaloux despote, les remèdes nécessaires à sa guérison , mais hors de la vue de la malade , et sans avoir pu obtenir la moindre notion certaine du mal , de ses symptômes et de ses progrès. De cette manière , la pratique n’accompagnait jamais la théorie. Le philosophe pouvait , si tel était son plaisir , discuter celle-ci; mais il lui était défendu, sous des peines sévères, de proposer aucune application à celle-là; aussi l’éloquent et profond ouvrage de Montesquieu exposa les droits généraux du peuple, et les principes constitutifs de la monarchie; mais ou n’y trouva rien qui enseignât à les coordonner pour arriver à une réforme de la constitution de la France. Montesquieu mit sous les yeux du malade un traité de médecine générale au lied d’une Ordonnance spéciale , applicable au caractère particulier de la maladie. 1
1 Ce jugement sur Y Esprit des lois ne vaut- il pas mieux que celui de Voltaire, qui disait , peut-être dans le même
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Par suite de ces malheureuses restrictions apportées à la discussion franche et publique des questions politiques, le gouvernement français, tel qu’il était, ne fut jamais présenté comme susceptible de perfectionnemerfl ou de réforme. On s’étendait en éloges vagues sur des principes* généraux de liberté , et l’on ne s'arrêta pas un seul instant à examiner de quelle manière on pourrait faire servir ces doctrines nouvelles et plus libérales à l’amélioration du système établi. 11 fallait nécessairement conclure, ou que la monarchie française était le gouvernement par excellence , et qu’elle n’avait besoin d’aucun perfectionnement , ou qu’elle était tellement incompatible avec les libertés du peuple, que toute réforme devenait impraticable. Personne n’eut la hardiesse de soutenir la première hypothèse , moins encore ceu\ qui présidaient aux conseils, et qui semblaient reconnaître tacitement l’imperfection du système, en empêchant toute discussion à ce sujet. Il paraissait donc en résulter cette conséquence, assez naturelle, que pour obtenir les avantages promis par les nouvelles doctrines , avàntages si désirables et si désirés, il fallait, avant tout, renverser
sens, que Montesquieu avait fait non l’esprit des lois, mais de l’esprit sur les lois. {É dit.)
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jusque dans ses fondemens le gouvernement établi. On n’aura pas de peine à croire que cette opinion n’ait été générale à l’époque de la révolution, en réfléchissant qu’aucune résistance ne .fut opposée en faveur de telles ou telles institutions existantes, qu’il èût été facile de combiner avec les réformes proposées. *
Pendant que la discussion pratique de la constitution de la France, soit quelle fût considérée comme au-dessous ou au-dessus de l’examen philosophique, était ainsi soigneusement écartée des ouvrages de ces écrivains qui prétendaient approfondir ses droits civils , la constitution anglaise avec ses contre-poids et ses restrictions, ses principes libéraux d’égalité politique , les garanties qu’elle offrait pour la propriété, et la liberté individuelle, la faculté qu’elle accordait de discuter librement toute question d’administration publique; cette constitution, disons-nous, fut naturellement exaltée par ces écrivains qui cherchaient à réveiller chez leurs compatriotes le sentiment des bienfaits attachés à la liberté nationale. Ce n’était plus comme au temps de Louis XIV , où les Français, jetant un regard de mépris sur les * institutions anglaises, les trouvaient bonnes, tout au plus, pour des marchands et des boutiquiers, mais indignes d’un peuple de guerriers qui met-
laient leur gloire dans leur subordination à la noblesse, comme celle de la noblesse résidait dans son obéissance au monarque. Depuis longtemps ce préjugé n’existait plus; les Français admiraient alors , non sans envie , ce noble sys— tème d’une liberté généreuse, graduellement consolidée depuis tant de siècles, par la succession de tant d’efforts patriotiques. Une révulsion soudaine semblait s’être opérée dans leurs sentimens pour leurs voisins; et la France, qui jusqu’alors avait exercé l’empire de la mode et du goût en Europe, parut disposée à emprunter les formes plus simples et les mœurs de son ancienne rivale. Elle porta même à cet égard , l’esprit d’imitation bien près de l’absurde. Non seulement le Français de qualité adopta le chapeau rond et le fraque, qui mettaient l’étiquette en défaut; non seulement il eut un équipage , des chiens et des chevaux anglais , il lui fallut encore un sommelier d’Angleterre ' , pour que le vin français fût placé sur la table avec toute la grâce britannique. C’était là tout ce qu’il y avait de phis superficiel dans les excès de la mode; cependant ces petitesses étaient semblables à l’écume qui blanchit la crête des flots, indiquant la profondeur et la force du *
1 English huiler.