‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 46 sur 204 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

courant. Insignifiantes en elles-mêmes, elles prenaient un caractère redoutable , en prouvant le mépris des Français pour ces formes et pour ces usages qu’ils avaient cru jusque là nécessaires à leur pays. Cet amour d’imitation fut porté à un tel degré d’extravagance^ qu’on le nomma.ingénieusement anglomanie. '

En même temps que les jeunes nobles de France singeaient à l’envi les manières anglaises , et renonçaient aux signes extérieurs de distinction qui produisent toujours un certain . effet sur le vulgaire , des écrivains penseurs et réfléchis analysaient les principes du gouverne-

' On raconte une anecdote , plaisante en elle-même , mais qui devient presque prophétique , si on la rapproche des événemens qui suivirent. Amoureux passionné des nouvelles modes, un courtisan courait à cheval, au grand trot, près de la voiture du roi, sans faire attention que les pieds de son cheval faisaient jaillir la boue dans le carrosse de sa Majesté. Vous me crottez, monsieur, dit le roi. Le cavalier croyant entendre: vous trottez, et s’imaginant que le prince avait voulu le complimenter sur son talent d’écuyer, répondit : oui , sire, à l’anglaise. Lebon monarque se contenta de lever la glace de la portière , en disant au gentilhomme qui l’accompagnait : voilà une anglomanie bien forte ! Hélas! le malheureux prince vécut assez pour voir l’exemple de l’Angleterre dans ses excès les plus funestes dévenir l’objet d’une imitation bien plus terrible.

86 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, ment anglais , principes conformes au caractère de la nation, qui leur avait dû son salut en tant d’occasions périlleuses, et le maintien de son influence entre tous les royaumes de l’Europe , dans une proportion si fort au-dessus de sa population et de l’étendue de son territoire. «

Pour compléter le triomphe des opinions anglaises, même en France, sur les anciennes idées françaises , vinrent les conséquences de la guerre d’Amérique. Ces vrais Français, qui dédaignaient d’emprunter à l’Angleterre des sentiinens de liberté nationale, pouvaient dorénavant les recevoir d’un pays avec lequel la France ne pouvait avoir de rivalité , mais dans lequel , au contraire , elle reconnaissait, l’adversaire de cette île, que la politique ou le préjugé appelaient son ennemie naturelle. L’enthousiasme qu’on fit éclater en France en apprenant les succès des insurgés d’Amérique , succès diamétralement opposés, toutefois, aux intérêts du gouvernement français, peut-être même à ceux de la nation , était devenu trop universel pour être comprimé , ou réduit au silence par de froides considérations de prudence polilique. Toujours avide de globe militaire, la noblesse désirait généralement la guerre ; les élèves de la fameuse Encyclopédie , se montraient surtout

Page 1