DE L’AUTEUR
Cet ouvrage n’est pas tel qu’il devait être dans l’origine : l’auteur, en le composant, en a graduellement , mais essentiellement changé l’étendue et l’objet. C’était d’abord son intention de faire simplement un précis populaire de l’histoire de l’homme le plus étonnant, et des événenemens les plus extraordinaires qu’on ait vus dans les trente dernières années qui viennent de s’écouler; en un mot d’imiter l’histoire concise mais si intéressante du grand amiral anglais , par le poète lauréat de la Grande-Bretagne 1 .' L’auteur avait été en partie amené à concevoir cette entreprise , par l’histoire des deux grandes campagnes de 1814 et i8i5*, qu’il avait déjà tracée pour un reueil périodique (the Edinburgh armual register) , et trois volumes étaient le cadre dans lequel il s’était proposé de réduire la Vie de Napoléon. Un volume d’introduction
1 Sir Walter Scott veut parler de la Vie de Nelson , par Southey, citée plusieurs fois dans l’ouvrage. (Édit.)
* Plusieurs extraits de ces annales ont été fondus dans le nouveau récit des mêmes événeroens.
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offrant un tableau général des progrès de la révolution française fut jugé nécessaire; et ce seul volume sur un sujet si vaste s’étendit bientôt à deux.
Comme l’auteur composait sous le voile de l’anonyme , il ne pouvait ni chercher ni attendre des renseignemens de ceux qui avaient joué un rôle actif dans les scènes variées qu’il essayait de décrire ; il n’avait pas non plus d’autre ambition que celle de resserrer et d’arranger les matériaux que lui fournissaient les sources communes. Cependant, des circonstances étrangères à son travail vinrent l’obliger de laisser de côté .un incognito qu’il ne pouvait persister à garder plus long-temps sans être accusé d’affectation ; c’est depuis lors qu’il a obtenu quelques matériaux précieux dont la plupart voient aujourd’hui le jour pour la première fois. Le lecteur les trouvera dans X Appendice, qui contiendra plusieurs articles neufs et pleins d’intérêt. Quoique l’auteur n’ait pas toujours été libre de nommer les personnes qui lui ont été utiles , il a bien eu soin de ne compter que sur des autorités respectables. Il n’a ni fouillé dans les libelles et les pamphlets scandaleux du temps pour y trouver des anecdotes , ni sollicité des renseignemens de ces individus qui ne pouvaient être des témoins impartiaux des faits où ils avaient
DE Ê’aüTEUB.
figuré eux-mêmes. Néanmoins, les divers documens publics el particuliers qu’il a reçus, sont devenus très nombreux, et ont porté l’ouvrage à plus du double de son étendue primitive.
Quant à la manière dont l’auteur s’est acquitté de sa tâche , ce n’est pas à lui qu’il convient d’en parler : il prévoit qu’il a dû commettre plus d’une erreur; mais s’il a une prétention c’est celle d’avoir composé la vie de Napoléon avec toute l’impartialité et la justice dont son esprit était capable. Oh verra qu’il n’est point ennemi de la personne de Napoléon. Toute hostilité cesse dès que la bataille est gagnée et que notre adversaire n’existe plus. Ses brillantes qualités personnelles , ses grandes actions militaires et les services politiques rendus par lui à la France, ne sont pas dépréciés, on l’espère, dans cette histoire. Malheureusement l’auteur avait un devoir d’un autre genre à remplir envers la France , la Grande-Bretagne , l’Europe et le monde entier. Si Napoléon a fondé son système général sur la force et la mauvaise foi , ce n’est ni la grandeur de ses talens , ni le succès de ses entreprises, qui doivent étouffer la voix ou éblouir les yeux de celui qui se hasarde à être son historien. Cependant l’auteur a soigneusement exposé ses raisons chaque fois qu’il a osé exprimer une opinion favorable on
XVj AVERTISSEMENT DE L.’ AUTEUR.
défavorable sur cet homme si distingué, de telle sorte que chaque lecteur puisse juger par lui- " même.
Une erreur d’impression dont on s’est aperçu lorsque l’ouvrage était déjà trop avancé pour y remédier, a fait écrire le nom de Bonaparte avec un u (Buonaparte). Les deux orthographes étaient indifféremment adoptées dans la famille ; mais Napoléon ne se servait jamais que du nom de Bonaparte , et il avait le droit incontestable de choisir l’orthographe qu’il préférait.
Edimbourg, 7 juin 1837.