‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 52 sur 204 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

plusieurs occasions, et comme leur intervention était toujours en faveur du peuple , le moyen , quelque irrégulier qu’il fût, était sanctionné par l’opinion publique. Au défaut de toute autre représentation nationale, la France, naturellement , voyait dans ces magistrats les protecteurs de ses droits , le seul pouvoir qui offrît an moins l’ombre d’une résistance à l’accroissement arbitraire des charges de l’État. On ne saurait accuser ces fonctionnaires d’insouciance ou de faiblesse dans l’accomplissement de leurs devoirs; et comme les impôts devinrent à la fois plus lourds et moins productifs, l’opposition des parlemens prit un caractère plus formidable. Louis XV avait voulu échapper à cette résistance par la suppression des cours et le banissement des magistrats ; mais malgré cette victoire momentanée, on rapporte qu’il déclara que son successeur pourrait bien ne pas sortir si heureusement de la même épreuve.

Avec cette candeur et cette bonté qui étaient les traits distinctifs de son caractère, Louis XVI, immédiatement après son avènement au trône , rétablit les parlemens dans leurs pouvoirs constitutionnels ; il fut même assez généreux pour voir , dans leur résistance à son aïeul , un sujet d’éloges plutôt qu’un acte d’hostilités. Cependant les finances du royaume étaient tom-

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bées dans une situation déplorable. Les dépenses continuelles et successives d’une guerre malheureuse , l’entretien et les exigences d’une cour adonnée au luxe, les prodigalités envers des favoi'is nécessiteux , avaient fini par occasionner chaque année un immense déficit dans le revenu public. Jaloux de pourvoir aux besoins présens d’une administration passagère , les ministres s’étaient contentés de reculer le jour fatal, en empruntant à gros intérêt aux fermiers-généraux , et en abandonnant à ceux-ci, pour garantie de ces emprunts, les différentes sources du revenu de l’Etat. Mais le gouvernement fut traité, par les fermiers-généraux, comme le sont d’ordinaire de prodigues dissipateurs par d’avides usuriers , qui leur donnent d’une main de quoi fournir à leurs extravagances, et qui, de l’autre, extorquent d’énormes profits pour leurs avances, et achèvent ainsi de ruiner leurs victimes. Par suite de cette longue succession d’emprunts désastreux, et des divers privilèges accordés en garantie , les finances du royaume n’offraient plus que désordre et confusion. C’était un labyrinthe inextricable où , s’égaraient tous ceux qui cherchaient à y pénétrer ; et cependant, quelque odieux qu’ils fussent au peuple , qui considérait justement leur immense fortune comme puisée aux sources vi-

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