‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 53 sur 204 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

taies du pays, les fermiers-généraux étaient toujours essentiellement nécessaires à l’État, dont eux seuls pouvaient assurer la marche et l’action. Ils soutenaient donc le gouvernement, quoique Mirabeau ait dit avec vérité qu’ils le soutenaient comme la corde soutient le peudu.

Frappé de l’état déplorable des finances, Louis XVI fit tous ses efforts pour y remédier. Il limita sa dépense personnelle et celle de sa maison , avec une rigueur voisine de la parcimonie, et affaiblit ainsi l’éclat dont le trône a besoin. Il supprima beaucoup de pensions; et, par cette mesure, non seulement il indisposa ceux qui jouissaient alors de ces faveurs, mais il perdit rattachement de ces hommes, bien plus nombreux encore , qui servaient la cour dans l’attente et l’espoir d’obtenir à leur tour de semblables gratifications'. Enfin, il opéra une

1 A.U defaut des vertus .d’un roi, Louis XV avait les artifices de la royauté. Il demandait un jour à l’un de ses miuistres, ce qu’il croyait qu’avait dû lui coûter la voiture où ils étaient ensemble. Le ministre , réfléchissant que le monarque avait dû payer en prince, porta très haut la valeur du carrosse, et l’estima néanmoins deux tiers au-dessous du prix. Louis XV fit alors connaître la somme; le ministre se récria; mais le roi l’interrompant : « N’entreprenez point , lui dit-il , de réformer la dépense de ma maison. Trop d’individus , trop de hauts personnages ont leur part dans ces abus; trop de

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VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, grande réforme dans sa maison militaire, dont les gardcs-du-corps faisaient partie ; donnant ainsi un autre sujet de mécontentement aux nobles, puisque ce corps était recruté parmi eux, et détruisant de sa propre main une force dévouée à la personne du roi, et dans laquelle, au moment de l’exaspération populaire , il eût trouvé un rempart inappréciable. Etrange fatalité dans la vie de cet excellent prince, qui affaiblissait sa cause et compromettait son salut, en s’imposant des sacrifices pour soulager son peuple et subvenir aux besoins de l’État.

Le roi eut recours à un plan de réforme plus étendu et plus efficace , en s’appuyant de l’avis d’honnêtes et habiles ministres , pour introduire, autant que possible, un peu d’ordre dans les finances du royaume. Turgot, Malesherbes et Necker étaient, de l’aveu général , des hommes remplis d’expérience , de sagesse et d’intégrité ; et si ce dernier finit par déchoir dans l’estime publique , ce fut seulement parce que les circonstances avaient fait concevoir de ses talens

raécontentemcns résulteraient de leur répression. Un ministre ne le tenterait point avec succès , ni sans danger. » Ces dilapidations sont inévitables dans un gouvernement absolu , semblable lui-même à une coupe emplie jusqu’au bord , et qu'on ne peut approcher des lèvres sans répandre une partie de ce qu’elle contient.

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