CHAPITRE III. ÎOI
une opinion tellement exagérée , que les plus habiles financiers du monde n’en auraient jamais pu réaliser le mérite. Ces ministres cherchèrent dans leur vertueux patriotisme tous les moyens de remettre à flot le vaisseau de l’État , et d’arrêter, du moins , le déficit qui s’accroissait chaque aimée. Tous trois, mais particulièrement Necker, introduisirent l’économie, opérèrent des réductions , rétablirent le crédit public sans augmenter les impôts ; négocièrent des emprunts à des conditions raisonnables, et trouvèrent heureusement, par ce moyen, des fonds pour soutenir la guerre d’Amérique , toute dispendieuse qu’elle était, sans lasser la patience du peuple par des taxes nouvelles. Que cet état de choses eût duré quelques années , peutêtre eût-on trouvé l’occasion de concilier la constitution de France avec le progrès des lumières. L’opinion publique et la bienveillance du souverain avaient déjà déterminé plusieurs réformes aussi importantes que désirables. Plusieurs lois oppressives et odieuses avaient été expressément abrogées; d’autres, par l’effet d’un consentement tacite , étaient tombées en désuétude; car la France, ni aucun autre pays, n’eut jamais de roi plus disposé que Louis XVI à sacrifier son intérêt personnel et ses prérogatives au bonheur de ses sujets. Dès son avéne-
ment au trône , n’écoutant alors que sa bonté , il réforma le Code Pénal de France, dont l’esprit se ressentait de la barbarie des temps où il avait été originairement composé. Il abolit la torture ; rendit à la liberté ces infortunés qui expiaient dans les cachots de la Bastille et des autres prisons d’État , le malheur d’avoir déplu à son grand-père. La corvée, servitude imposée aux campagnes , et l’une des principales causes du mécontentement populaire , fut supprimée dans certaines provinces et modifiée dans quelques autres. Tant que la police fut sous la direction du sage et vertueux Malesherbes, l’exercice de ce pouvoir arbitraire donna rarement fieu à réclamation. En un mot, le monarque ressentait, comme ses sujets , l’influence de l’opinion publique , et si la modération des temps se fût maintenue, on aurait pu raisonnablement espérer que la monarchie française accepterait des réformes au lieu de subir un bouleversement.
Malheureusement, le royaume tomba dans des convulsions chaque jour plus violentes; et Louis XVI , qui possédait la bienveillance et les bonnes intentions de son ancêtre Henri IV, n’avait ni ses talens militaires ni sa fermeté politique . L’absence de ces qualités retenait le roi dans une hésitation perpétuelle. Toujours indécis,