‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 55 sur 204 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

io3

comme il arrive à ceux qui agissent par le désir général de faire le bien plutôt que d’après un plan long-temps mûri et bien arrêté , il laissa sa puissance et sa réputation à la merci des événemens qu’un esprit ferme eût au moins combattus s’il ne les eût pas maîtrisés. Mais il est remarquable que Louis XVI, plus qu’aucun de ses ancêtres, ressemblait à Charles I" d’Angleterre , par cette défiance de soi-même qui conduit à l’instabilité des idées, à de fréquentes variations dans les projets et à cette faiblesse conjugale qui donna à Henriette-Marie et à Marie-Antoinette une malheureuse influence dans les conseils. Ces deux souverains furent également accusés d’artifice et de dissimulation, quand l’un et l’autre peut-être, mais assurément Louis XVI , ne changea de conduite que parce qu’il avait changé , ou qu’on l’avait fait changer de sentiment.

Peu de princes ont changé de ministres , de plans et de mesures aussi souvent que Louis XVI. Malheureusement encore , s’il lui arriva parfois d’adopter une direction ferme et sévère , il n’y persista point assez pour imprimer le respect. Quand il préféra une politique débonnaire et conciliante, il y renonça trop tôt, et avant d’avoir pu inspirer la confiance. C’est avec regret que nous signalons cette imperfection dans

un caractère d’ailleurs si parfait ; mais nous y voyons une des principales causes de la révôlulion. En effet, investi d’un pouvoir trop étendu pour être conservé ou abandonné sans péril , Louis XVI hésita entre le désir naturel de défendre ses droits héréditaires , et le sentiment de justice qui le portait à rendre à ses sujets la portion de liberté dont les avaient privés ses ancêtres. En suivant le premier de ces plans, il avait peut-être la chance de vaincre la révolution; par l’adoption du second, il pouvait devenir son chef et son guide ; en hésitant sans cesse entre les deux, il en devint la victime.

Ce fut par suite de cette instabilité continuelle, que Louis XVI , en 1781 , sacrifia Turgot et Necker à des intrigues de cour. Ces ministres avaient conçu un nouveau système de finances qui eût , tout à la fois , flatté le peuple en admettant des députés de son choix à intervenir dans la création de nouveaux impôts, affranchi le monarque de la résistance des parlemens , et attribué aux représentans directs de la nation cette surintendance que d’autres n’aurait jamais dû posséder. Ajoutons que le droit de remontrance, précieux d’ailleurs comme bouclier contre le despotisme , était souvent exercé par les parlemens dans des formes arbitraires, quelquefois même séditieuses.

Page 1