CHAPITRE III
politique plus équivoque. Ce fut l’impression et la publication de son rapport au souverain sur •
l’état des revenus de la France. Le ministre pensa probablement que cette preuve de franchise, bonne en elle-même sans doute, mais sans exemple dans le gouvernement français, pourrait être utile au roi , qui paraîtrait ainsi non seulement d’accord avec l’opinion publique , mais empressé de recueillir les avis de scs sujets sur les affaires de l’Etat. Peut-être aussi le Compte rendu de Necker était-il une mesure prudente delà part de ce ministre, qui espérait, parce moyen, conserver la faveur populaire, et se maintenir- dans l’estime générale malgré les intrigues de cour. Peut-être, enfin, à ces deux motifs se joignait la vanité naturelle de faire voir- au monde que la France possédait, dans la personne de Necker, un ministre assez hardi pour avoir pénétré dans les détours de ce dédale obscur, jugé inextricable par tous ses prédécesseurs , et que ce ministre était parvenu à rendre au roi de France et à son peuple , un compte détaillé et balancé de l’état de leurs finances.
D’un autre côté, le résultat de ce bilan ne paraissait pas tellement effrayant, qu’il fallût le tenir secret comme un mystère d’Etat. Le déficit, c’est-à-dire l’excédant de la dépense sur la recette , 11’indiquait nullement des finances.
désespérées. Elles ne réclamaient pas non plus ces sacrilices immenses , au défaut desquels une banqueroute est inévitable. Ce déficit n’allait pas beaucoup au-delà de deux millions ' par an , somme que l’on peut appeler une bagatelle pour un pays aussi fertile que la France. Necker indiquait en même temps un grand nombre de réductions et d’économies , au moyen desquelles il proposait de rétablir l’équilibre, sans contracter de nouveaux emprunts , et sans imposer de taxes nouvelles.
Cependant , quoique cet exposé général des dépenses de l’État, cet appel du gouvernement au peuple , eût l’apparence d’un procédé franc et généreux ; quoiqu’il fût réellement un pas de fait vers le grand but constitutionnel de donner àla nation, dans la personne de sesreprésentans, le pouvoir d’accorder les subsides , on peut demander si la tentative n’eut pas lieu trop tôt. Quand on vient de faire l’opération de la cataracte à un homme, on le prive pendant quelque temps encore de la lumière , qu’on ne lui rend que par degrés. Mais cette clarté inattendue qui brilla tout à coup sur la nation française, éblouit autant qu’elle éclaira . Le Compte rendu devint le
' Deux millions sterling , c’est-à-dire cinquante millions de francs. ( Édit .)