CHAPITRE III
leurs excellentes, cette princesse joignait «et esprit d’intrigue qui inspire communément la politique des femmes dans la situation élevée où elle se trouvait. La reine contraria ainsi, et fit même échouer trop souvent les intentions les plus pures de son époux , dont les actes publics , tantôt basés sur les seuls principes du roi , tantôt influencés par l’intervention de la princesse , présentaient , bien malgré elle sans doute , une apparence d’irrésolution et même de duplicité , qui nuisit considérablement à l’un et à l’autre dans l’esprit du peuple. Le nouveau ministre n’ayant pas mieux réussi que son prédécesseur, auprès de l’assemblée des notables , le roi finit par dissoudre ce corps sans en avoir reçu l’appui ni les conseils qu’il s’en était promis, confirmant ainsi l’opinion exprimée par Voltaire, relativement aux assemblées de celte nature :
Mais de tous ces états l’effet le plus commun
Est de voir tons nos maux sans en soulager un. t
Après le renvoi des notables, le ministre adopta ou fitjad opter une conduite de plus en plus vague et indécise ; il se montra si violent pour le maintien des prérogatives royales , et si pusillanime à la première résistance opposée par l’esprit de liberté qui existait déjà , que , eût-il été
payé pour attirer la haine et le mépris sur la couronne, entraîner son maître à des mesures qui devaient irriter les hommes hardis , encourager la timidité des autres, et ajouter au mécontentement général , l’archevêque de Sens n’aurait pu imaginer de moyen plus propre à réussir dans ce projet. Comme s’il eût voulu déterminer mie rupture éclatante entre le roi cl le parlement de Paris , il ht mettre sous les yeux de ce dernier deux nouveaux édits portant création de taxes , et presque en tout semblables à ceux que son prédécesseur Calonne avait soumis aux notables. Le parlement refusa d’enregistrer ces édits, et le ministre aurait dû s’y attendre. Il eut recours à un grand appareil de la prérogative royale, exercée dans sa forme la plus arbitraire et la çlus odieuse. Un lit de justice , ainsi qu’on l’appelait , fut alors tenu 1 . Le roi, présidant en personne la cour de parlement, ordonna l’enregistrement des deux édits, en sa présence ; détruisant ainsi , par un acte direct de l’autorité souveraine , la seule espèce de résistance que ses sujets, parmi organe quelconque, pussent opposer à l’accroissement des impôts.
Le parlement consentit à une soumission ap-
i 6 août 1787.