CHAPITRE III
parente de quelques instans, mais déclara bientôt solennellement que les édits n’ayant été enregistrés que d’après l’ordre du roi , et contre l’opinion unanime de ses membres , n’avaient point force de loi. Il adressa aussi des remontrances exprimées dans les termes de l’indépendance la plus énergique; protestant qu’il ne pouvait et ne voulait, point être l’instrument passifau moyen duquel on chargerait le peuple de nouveaux impôts. Pour la première fois alors, le parlement émit cette opinion , décisive «sur le sort de la France, que ni les édits du roi, ni l’enregistrement de ces édits, ne suffisaient à l’établissement de taxes permanentes sur le peuple, et que ce droit appartenait exclusivement aux États-Généraux.
On voulut punir le parlement d’avoir défendu la cause du peuple avec cette intrépidité; il fut exilé à Troyes. Mais en éloignant la première cour du royaume , en apportant de continuels et funestes délais à un grand acte de justice publique, le gouvernement ne fit qu’ajouter au mécontentement général. Lesparlemens de province épousèrent les principes tfe celui de Paris. La chambre des comptes, la cour des aides , les tribunaux en sous-ordre du parlement firent tous des remontrances à l’occasion des taxes, et protestèrent contre les ¥
édits , qui restèrent par conséquent sans exécution. Alors, pour la première fois depuis au moins deux siècles, l’autorité royale de France, se trouvant en contact et en opposition directe avec l’opinion publique , se vit contrainte , par la résistance des sujets, à reculer et à céçjer le terrain. Ce fut le premier mouvement positif et réel de cette puissante révolution qui se précipita ensuite vers la catastrophe, comme un lourd rocher roulant du haut d’une montagne. 6e fut le premier brandon jeté au milieu des matières inflammables qui couvraient la France, et dont nous avons essayé de tracer le tableau. L’incendie se propagea bientôt dans les provinces. Une sorte d’insurrection se manifesta dans le parlement de Bretagne. Celui de Grenoble lança un arrêt solennel contre la légalité des lettres de cachet. Alarmes étranges, espérances menaçantes et désordonnées, sourdes rumeurs , attente vague des prochains événemens, tout contribuait à l’agitation des esprits. Cet état d’incertitude avait fait dégénérer en démence , pour ainsi dire , la vivacité naturelle des Français ; et la populace la plus grossière témoignait, à l’approche d’une commotion extraordinaire , cette inquiétude stupide qui tourmente les troupeaux avant l’orage.
Étourdi de l’aspect menaçant des choses, le