‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 64 sur 204 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ministre fit encore une malheureuse tentative de résistance, quand il aurait dû laisser le roi agir d’après la droiture de ses idées et l’excellente disposition de son esprit, qui le portait toujours à préférer les voies de conciliation. Il n’y avait alors qu’une alternative : la guerre civile, ou des concessions. Un despote eût choisi le premier parti; il eût quitté sa capitale, et réuni autour de lui son armée. Un monarque ami du peuple, et tel se montrait Louis XVI quand il n’écoutait que ses propres sentimens , se serait arrêté au second moyen ; cependant sa marche rétrograde eût été si ferme , son attitude si imposante, que le peuple se fût bien , gardé d’attribuer à la crainte une démarche inspirée parle seul esprit de conciliation. Mais la conduite du ministre , ou de ceux qui dirigeaient ses mouvemens, fut une alternation de résistance tracassière et de concessions inopportunes qui décelait un esprit abattu par le péril , également incapable d’apaiser le peuple par la douceur ou de le maîtriser par l’énergie.

En effet, le roi rappela le parlement de Paris, prenant en même temps l’engagement de convoquer les États-Généraux '. Le peuple dut

1 Le roi avait déjà promis, ie 18 décembre 1787 , la •convocation des États-Généraux dans cinq ans. Ce fut le

croire que l’établissement des nouvelles taxes serait soumis à leur examen. Mais comme s’il eût voulu irriter encore les esprits, en laissant paraître le désir d’éluder l’exécution d’une promesse solennelle, le ministre, dans un moment d’inspiration malheureuse , risqua une nouvelle épreuve sur la patience- du peuple, et compromit la dignité du souverain , en le décidant à une mesure personnelle contre laquelle l’expérience avait démontré que le parlement était , résolu d’avance de protester. Le roi se laissa donc persuader de tenir une séance royale ; ce qui n’était autre chose , à bien dire , qu’un lit de justice; excepté que le lit de justice paraissait donner aux ordres'du souverain une autorité plus imposante que la séance royale.

Ainsi , avec moins de chances de succès qu’auparavant, et, dans tous les cas, après avoir échoué dans une première épreuve, Louis XVI, revêtu de tous les insignes de la royauté, une fois encore, et pour la dernière, convoqua le parlement en personne ; une fois encore il enjoignit directement à la cour d’enregistrer un édit royal, portant création d’un emprunt de quatre cent vingt millions de francs dans l’es-

8 aoûl 1788 qu’il en fixa l’ouverture au 1" mai 1789.

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