CHAPITRE III
de la cour plénière refusèrent de s’y rendre , et le projet fut abandonné.
Les remontrances continuèrent, et devinrent chaque jour plus violentes. Le parlement de Paris et ceux des provinces étant suspendus de leurs fonctions, le cours régulier de la justice se trouvait interrompu, et l’esprit de révolte se répandit par tout le royaume. Il se manifesta par des émeutes et des insurrections formidables ; la capitale elle-même était en proie à une effrayante agitation.
Il ne manquait pas d’écrivains pour souffler la discorde ; mais ce qui étonnera davantage , c’est qu’on les laissait faire sans opposition , malgré Tombrage toujours plus grand qu’inspirai t*d<? plus en plus en France la liberté des discussions politiques. Des libelles , des épigrammes de toute espèce circulaient publiquement , sans * que le gouvernement essayât d’arrêter ces satires ou d’en punir les auteurs; et cependant les plus scandaleuses invectives contre la famille royale , mais surtout contre la reine , étaient répandues partout dans ce débordement de pamphlets politiques. On eût dit que le bras du pouvoir était frappé de paralysie, et que les liens dont l’autorité avait si long-temps enchaîné la nation, venaient enfin de se rompre d’euxmêmes , puisque le peuple s’arrogeait la liberté
de la presse, jusqu’alors inconnue en France, et qu’il l’exerçait pleine et entière sans que le gouvernement. osât s en mêler.
Pour comble de malheur, et comme si Dieu , d’accord avec les hommes , eût résolu la chute de cette antique monarchie , un orage effroyable fondit sur le royaume , dévasta partout les mois- * sons, et découvrit à la France épouvantée, un avenir de misère et de famine , à la veille d’une banqueroute nationale, et sous un gouvernement aux abois. ,
La banqueroute, surtout, paraissait inévitable et prochaine. Telle était la pénurie des finances, que le roi se vit dans la nécessité d’arrêter en grande partie les paiemens du trésor, i'jX.- et de substituer du papier aux espèces. Dans cette crise terrible, tremblant pour le roi, et plus encore pour lui-même, l’archevêque de Sens quitta l’administration ', laissant* le monarque s’arranger connne il pourrait , en présence de la banqueroute et de la famine, au milieu des désordres épouvantables provoqués par les mesures mêmes du ministre.
Un nouveau premier ministre était nécessaire; il fallait aussi changer tout le système
1 a5 août 1788. L’archevêque partit en toute hâte pour l’Italie, après avoir donné sa démission à son infortuné # souverain.