CHAPITRE III
appui, mais de s’associer àun corps public, indépendant du roi et des ministres, pour asseoir sur de fortes bases l’organisation des États-Généraux. Dans ce but, Necker convoqua une seconde assemblée de notables ' , et soumit à leur examen son projet d’organisation.
Sous ce rapport, les notables avaient deux grandes questions à résoudre. D’abord, en quelle proportion les trois ordres devaient-ils être représentés? En second lieu, la noblesse, le clergé, le tiers-état étant réunis en États-Généraux, devraient -ils délibérer séparément, comme chambres distinctes , ou siéger et voter réunis , comme ne formant qu’un seul corps?
Ministre probe et sincère, né républicain d’ailleurs , et disposé , conséquemment , à respecter l’opinion publique, Necker oublia malheureusement que, pour être saine et raisonnable, celte opinion doit être formée par les hommes de talent et intègres ; que l’esprit populaire doit être éclairé par des raisonnemens qui le portent à la sagesse et à la vertu , et que , s’il en est autrement, l’ennemi sème l’ivraie que le peuple récolte à défaut de bon grain. Peut-être encore, Necker était-il moins propre aux affaires d’État qu’aux opérations de finances. Quoi qu’il en soit,
1 Novembre 1 788.
l32 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
sa conduite fut celle d’un général irrésolu , qui vègle ses mouvemens sur le rapport d’un conseil de guerre. Il ne comprit pas suffisamment la nécessité d’agir d’après ses propres idées, enlaissant de côté toutes suggestions étrangères , et il ne se servit par conséquent ni des avantages de sa position , ni de sa haute popularité , pour faire adopter des mesures préliminaires qui eussent garanti l’influence de la couronne dans les États- Généraux , sans porter atteinte aux droits de la nation. Necker, en se taisant, laissa tout en question , ouvrit le champ à la controverse , et le peuple se laissa naturellement persuader par les écrivains qui proclamaient l’importance du tiers-état. On pouvait regarder comme inutile l’appel fait aux talens de la noblesse et du clergé dans les deux sessions des notables , assemblée composée presque entièrement des classes privilégiées , et dont les avis et les opinions n’avaient produit aucun des bons effets qu’on en avait attendus. Le parlement lui-même avait déclaré son incompétence dans les mesures réclamées par les besoins du royaume. Le moyen adopté par le gouvernement trahissait ledoute et l’incertitude, s’il ne révélait pas l’incapacité. La nation, par conséquent, dans cette conjoncture difficile , dut placer toutes ses espérances dans le tiers-état.