‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 69 sur 204 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« Qu’est-ce que le tiers-état? » Tel était le titre d’une brochure de l’abbé Sieyès ; et la réponse fournie par l’auteur lui-même , était de nature à enfler encore les idées magnifiques déjà propagées parmi le peuple , sur la puissance de cet ordre. « Le tiers-état , dit l’abbé Sieyès, comprend la nation française tout entière, excepté les nobles et le clergé. » Cette solution fit fortune, au point que les notables demandèrent que les députés du tiers-état fussent égaux en nombre aux députés de la noblesse et du clergé réunis 1 , et formassent ainsi la moitié numérique des délégués aux États-Généraux.

Cette mesure, cependant, devenait peu importante en elle-même , s’il eût été résolu que les trois états siégeraient , délibéreraient et voteraient , non pas réunis en un seul corps , mais en trois chambres séparées.

En accordant au tiers-état le droit de double représentation, Neckcr paraissait disposé à maintenir l’ancien mode de délibérer, c’est-àdire séparément. Déjà la couronne s’était vue contrainte à reculer devant les nouvelles idées ,

1 Ceci est-il bien exact ? Le bureau de Monsieur ne fut-il pas le seul qui se prononça pour la double représentation ? On voit aussi dans Lacretelle, tome VI, page 280, malgré l'avis des notables j ce qui serait tout le contraire de ce que dit l’auteur. (Édit.)

quand elle avait tenté de se soutenir par sa propre force. Affaiblis par la désunion qui régnait entre eux , la noblesse et le clergé avaient encore à supporter la défaveur de l’opinion publique. Il aurait fallu consolider habilement l’influence de ces deux corps, les intéresser fortement au parti de la couronne, et opposer ainsi une barrière. aux prétentions du tiers-état, prétentions qu’il fallait s’attendre à voir exprimées avec audace , et favorablement accueillies par la nation. Tout cela , néanmoins , fut en grande partie abandonné au hasard, quand tout annonçait que le résultat des débats serait de plus en plus contraire à l’autorité royale.

En bonne politique , le ministre aurait dû également prendre des mesures pour s’assurer dans le tiers-état lui-même quelques partisans de la monarchie. Assurément, ce but pouvait être atteint au moyen de l’influence que les ministres exercent ordinairement sur les élections , ou en intéressant à la cause de la couronne plusieurs de ces hommes de talent qui, résolus de se lancer dans la nouvelle carrière, ne savaient point encore de quel côté ils devaient porter leur appui. Mais Necker, moins familier avec le cœur humain qu’avec les mathématiques , pensa que chacun des membres possédait assez de lumières pour apprécier les mesures néces-

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