‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 7 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

une administration faible, ou du moins fort malheureuse , l’Angleterre avait acheté la paix au prix de son empire dans l’Amérique du Nord, et par l’abandon de sa souveraineté sur ses colonies : grande en elle-même , cette perte le parut davantage encore aux yeux de la nation , qui, voyant se briser les liens d’une commune origine et s’anéantir les avantages d’un commerce exclusif, réfléchissait douloureusement aux guerres entreprises et aux trésors dépensés pour la défense et la prospérité du bel empire auquel l’Angleterre était obligée de renoncer. La gloire des armes britanniques, si brillante à la paix de Fontainebleau , avait été obscurcie, pour ne pas dire entièrement effacée. Malgré la belle défense de Gibraltar, le résultat général de la campagne sur terre était un coup porté à la réputation militaire des Anglais ; malgré l’éclat et l’opportunité des victoires de Rodney , les côtes de l’Angleterre avaient été insultées , et ses flottes contraintes de se réfugier dans ses ports , tandis que le pavillon des puissances confédérées parcourait la Manche en souverain. D’un autre côté, l’issue fâcheuse d’une lutte inégale avait péniblement affecté l’esprit public , effrayé de voir l’Europe se réunir dans un sentiment commun de haine et de jalousie contre la supériorité navale de

l’Angleterre. Cette inimitié venait de se manifester par l’alliance armée des nations du Nord , alliance qui n’était autre chose, sous le nom de neutralité, qu’irne ligue organisée contre les prétentions de la Grande-Bretagne à la suprématie maritime. A toutes ces causes de découragement, ajoutons la stagnation du commerce pendant le cours de longues hostilités , puis l’absence du crédit et la diminution du prix des terres , conséquences inévitables du passage de l’état de guerre à l’état de paix, jusqu’à ce que les capitaux aient retrouvé leurs canaux naturels. Par toutes ces considérations, l’Angleterre comprenait qu’elle devait ménager ce qui lui restait de ressources , et relever l’édifice de sa puissance , en s’assurant de longues années de paix et de tranquillité. William Pitt, habile surtout dans ses conceptions financières , s’occupait à introduire dans le revenu public un nouveau système qui pût être , tout à la fois , plus productif pour l’État , et moins onéreux pour les contribuables. On eût difficilement imaginé qu’aucun but d’ambition nationale fût capable de venir l’interrompre dans l’achèvement d’une opération si nécessaire.

La France, rivale naturelle de l’Angleterre, n’était pas non plus sortie de la lutte avec tant d’avantage et de gloire qu’elle dût être portée

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