CHAPITRE I
à recommencer de sitôt cette épreuve. A la vérité , elle avait, vu son antique ennemie humiliée; cette humiliation était en partie son ouvrage; mais comme il arrive ordinairement, aux nations aussi-bien qu’aux individus, elle avait payé cher le plaisir de la vengeance. Ses finances , successivement maniées par plusieurs ministères dont les vues bornées ne s’étendaient qu’au besoin du moment, présentaient alors une situation alarmante. Les plus hardis, les plus entreprenans de tous le& ministres eussent reculé sans doute, quelle qu’eût été leur audace , devant l’idée d’une guerre nouvelle , ou d’une mesure quelconque dont la guerre aurait •
pu être le résultat.
L’Espagne se trouvait dans le même état d’épuisement; elle s’était vue entraînée dans l’alliance contre l’Angleterre, non seulement par suite du pacte de famille conclu entre ses Bourbons et ceux de F rance , mais surtout par le désir ardent et exclusif de rentrer en possession de Gibraltar. Depuis long-temps , blessée de voir cette importante forteresse au pouvoir d’étrangers hérétiques, la fierté castillane applaudit hautement à une guerre qui lui oflrait l’espoir de rentrer dans la place , et seconda , de toute la puissance du royaume , les efforts gigantesques déployés pour y parvenir. Ces prépa-
ratifs immenses , et les plus formidables moyens d’attaque , toujours employés en pareille occasion, manquèrent complètement leur effet. Le royaume d’Espagne, étourdi et honteux à la fois de cet échec , resta ruiné par les frais de cette entreprise colossale. Une attaque sur Alger, de 1784 à 1785, ne fit qu’épuiser les restes de son ardeur martiale. L’Espagne retomba donc dans une inactivité forcée; découragée qu’elle était par l’avortement de son projet favori , et ne possédant plus ni les moyens ni l’audace nécessaire pour songer à une nouvelle tentative.
D’un autre côté , les souverains qui venaient de prendre part à la guerre , n’avaient ni cette activité ni cette ambition qui auraient pu entraîner leurs Etats à un renouvellement d’hostilités. Le coup d’œil classique de l’historien Gibbon 1 avait entrevu, sommeillant sur les trônes occupés par des Bourbons , un Arcadius et un Honorius, les plus faibles, les plus indolens de tous les empereurs romains; et George III avait trop de droiture , et trop de loyauté dans le caractère pour chercher à troubler la paix
1 Gibbon , familiarisé avec l’histoire de Rome , y puisait naturellement des comparaisons ou rapprochcmens classiques. Voyez du reste les Mémoires de Gibbon. ( Éditeur.)