CHAPITRE IV
Assemblée des États-Généraux. — Influence prédominante du Tiers-État. — La propriété n’est pas suffisamment représentée dans ce corps. — Caractère général de ses membres.
— Disposition de la Noblesse. — Du Clergé. — Projet de former les trois États en deux Chambres. — Ses avantages.
— Il échoue. — Le Clergé se réunit au Tiers-État , qui se constitue en Assemblée Nationale. — Elle s’empare des pouvoirs et déclare illégaux tous les anciens réglemens sur le Fisc. — Elle émet la résolution de continuer indéfiniment ses Séances. — Séance Royale. — Elle se termine par le triomphe de l’Assemblée. — Différons partis qu’elle contient. — Mounier. — Constitutionnels. — Républicains. — Jacobins. — Orléans.
Les Etats-Généraux de France s’assemblèrent à Versailles, le 5 mai 1789 , et ce jour fut, sans contredit, le premier de la révolution.
Dans la brochure dont nous avons parlé, l’abbé Sieyès avait déjà dit : « Qu’est-ce que le tiers-état? — La nation tout entière. — Qu’at-il été jusqu’ici , sous le point de vue politique?
— Rien. — Que va-t-il devenir présentement?
— Quelque chose. » S’il eût dit : tout, cette dernière réponse eût été plus près de la vérité. On s’aperçut bientôt en effet que ce tiers-état , qu’en 1614 les nobles avaient refusé de reconnaître comme un frère puîné de leur oral*
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dre' , finirait comme la baguette du prophète, par dévorer quiconque voudrait entrer en partage de sa puissance *. Malgré l’éclat et la pompe de la première séance , il était visible que les vœux , les espérances et la faveur du public , s’attachaient exclusivement aux représentans du tiers-état. Les riches habits, les panaches llottans de la noblesse, les vénérables soutanes du clergé , n’avaient rien qui attirât les regards du peuple ; leurs titres pompeux et sonores n’avaient rien qui flattât son oreille; le souvenir des hauts faits de l’une , le caractère longtemps sacré de l’autre , étaient sans empire sur l’esprit des spectateurs. Tous les yeux étaient fixés surles représentans du tiers-état, vêtus d’un habit modes te, conforme à leur humble naissance
1 Le baron de Senucci , entendant comparer les États du royaume à trois frères , dont le tiers-état était le plus jeune, déclara que cet ordre ne pouvait faire valoir aucun titre de parenté avec la noblesse , à laquelle il était aussi inférieur par le sang que par la considération.
a Voyez l’Exode, cliap. VII, versets 9, 10, 1 1 et 12.
a Aaron jeta sa baguette devant Pharaon et devant ses serviteurs, et elle devint un dragon.; les magiciens de Pharaon jetèrent aussi leurs baguettes, elles devinrent des dragons ; mais la baguette d’Aaron dévora et engloutit leurs baguettes. » Ces comparaisons sont moins familières en France qu’en Angleterre, oùla lecture de la Bible est plus fréquente. (Édit.)