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et à leurs occupations habituelles. De cette portion de l’assemblée seule, le peuple attendait les conseils et les mesures réclamées parles circonstances. 1
Prétendre que le corps qui captivait ainsi l’attention générale manquait de talens pour la justifier, serait une absurdité manifeste. Loin delà, l’instruction, l’habileté, l’éloquence française, se trouvaient en grande partie dans le tiersétat. Mais il se composait malheureusement d’hommes à théories, et non d’hommes de pratique ; d’individus plus disposés à changer qu’à réparer et conserver l’édifice ; mais qui surtout n’avaient pas , généralement parlant, un intérêt direct au maintien de l’ordre et de la paix, puisqu’ils ne possédaient point de grandes propriétés territoriales.
La juste proportion dans laquelle sont représentés les talens et la propriété, dans la Chambre des Communes d’Angleterre , est peut-être le plus sûr garant de la stabilité de la constitution. Des hommes habiles , hardis , entreprenans ,
1 La noblesse était en babit noir, veste et paremens de drap d’or, cravate de dentelle, chapeau à plumes blanches ; le clergé en bonnet carré , soutane , manteau ou robe violette et rocliet; le tiers-état vêtu de noir, cravate de mousseline , manteau court , chapeau sans plumes , des ganses. {Édit.)
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pleins d’ardeur pour les distinctions , et d’ambition pour arriver au pouvoir, ne laissent échapper aucune occasion d’appuyer les mesures favorables au système qu’ils ont adopté , et qui doivent contribuer à l’avancement de leurs auteurs. Mais les propriétaires , jaloux de conserver ce qu’ils possèdent , examinent avec soin les innovations proposées, et les rejettent sans balancer quand elles n’offrent pas l’espoir fondé d’un avantage quelconque pour l’État. Actif, passionné , le talent cherche toujours à se mettre en avant ; prudente , réservée , ennemie des innovations , la propriété se plaît à régler la machine plutôt qu’à lui donner l’impulsion, et la préserve ainsi de mouvemens trop rapides ou de changeincns trop subits. Un excès de prudence de la part de ceux qui représentent la propriété peut quelquefois , à la vérité , retarder une amélioration pi'oposée; mais plus souvent encore il prévient un essai téméraire et périlleux. Consultons l’histoire parlementaire de deux siècles écoulés, elle va nous montrer aussitôt les heureux effets produits par la sagesse de ces membres que nous appelons Country Gentlemen \ Sans chercher à briller par l’éloquence , peu empressés de se mêler aux débats ordinaires de la
‘ Gentilshommes (le province ou de campagne. {Édit.)
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Chambre , ils savent se faire comprendre par des raisonnernens sains, clairs et précis, toutes les foisqu’ils’agitd’une crise difficile; etilslcfontde manière à mériter l’estime des ministres, comme de l’opposition, et celle des hommes d’Etat leurs collègues, qui sont journellement occupés de législation, et qui se livrent quelquefois aux affaires publiques parce qu’ils n’en ont pas eux-mémes qui réclament beaucoup leur attention. Sous cet important point de nie , en fait de représentation nationale, le tiers - état de France était nécessairement défectueux. En effet, les hommes qui, sans répondre précisément à nos Country Gentlemen , leur ressemblaient cependant le plus , étaient ceux des membres de la noblesse qui représentaient dans les États-Généraux la noblesse des campagnes. Un édit qui eût détaché ces propriétaires ruraux , ou même le bas clergé , de l’ordre auquel ils appartenaient , et qui eût rendu leurs représentai membres du tiers - état , aurait intéressé proportionnellement ce dernier corps aux droits des propriétaires , laïques ou ecclésiastiques. De plus, comme ils auraient eu voix délibérative dans les expériences dont leurs biens allaient devenir le sujet , on peut croire qu’ils se seraient opposés à l’application de l’instrument tranchant , si ce n’est dans un cas de nécessité ab-
lia VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
solue. Au Heu de cela, la noblesse et le clergé virent bientôt leurs corps sur la table de dissection , à la merci de tout charlatan politique qui , 9 désintéressé dans leurs tortures , trouvait en ■ eux des sujets très propres à la démonstration d’une hypothèse favorite.
Les grands propriétaires étant donc exclus presque généralement de la représentation du tiers-état , les rangs de cet ordre se trouvaient composés de ces individus qui provoquent les nouveautés en théorie, et qui savent en profiter dans la pratique : on y avait appelé des hommes de lettres , parce qu’on les savait partisans de systèmes la plupart incompatibles avec l’état présent des choses , « où l’esprit » , pour nous servir d’un lieu commun fort à la mode parmi eux, « où l’esprit n’avait point encore atteint le rang qui lui était dû. » Là encore se rencontraient beaucoup de jurisconsultes du second ordre , car dans cette profession même , les hommes les plus graves et les plus éclairés se trouvaient classés parmi la noblesse; des prêtres sans bénéfice , des médecins sans malades ; tous hommes à qui leur éducation donne de l’importance dans l’humble monde qu’ils fréquentent, et qui en deviennent d’autantplusprésomptueux , et d’autant plus convaincus de leur mérite, quand ils reçoivent une distinction à