‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 73 sur 204 · CHAPITRE IV. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. l

laquelle ils ne sont pas habitués. Ajoutez à cela plusieurs banquiers, spéculateurs en politique aussi-bien qu’en finance ; et quelques nobles repoussés de leur ordre qu’ils déshonoraient par

leur conduite. Parmi ces derniers était Mira-

beau, prodige de talent et d’immoralité. Du poste où ils s’étaient placés, ils menaçaient les droits de l’ordre qui les avait bannis. Comme tous les transfuges, ils étaient prêts à guider l’ennemi dans les retranchemens de ceux dont ils avaient déserté la bannière, ou dont ils * avaient à se plaindre. Enfin, dans cette réunion fonnée d’élémens redoutables, se montraient beaucoup d’hommes de talent, d’intégrité, de bon sens et de jugement, mais qui contribuèrent moins à réprimer les idées révolutionnaires qu’à les justifier par leur éloquence, ou à les rendre respectables par leur exemple. Dès le début, le tiers-état fit voir une résolution > 6 forte d’annuler l’importance sinon la qualité des deux autres ordres, et de s’emparer de tous les pouvoirs.

Reconnaissons néanmoins, en faveur du tiers-état, que les nobles s’étaient arrogé sur les classes moyennes une supériorité excessive, tout-à-fait injurieuse pour des compatriotes qui avaient droit à une part de la considération publique , et que repoussait cPailleurs

1 44 vrK DE NAPOI.ÉON buonapakte.

l’opinion plus éclairée de l’époque. Les nobles* jouissaient de beaucoup de privilèges, les uns huinilians pour le reste de la nation , les autres souverainement injustes , tels que l’immunité des taxes. Réunis en assemblée politique, ils connurent l’esprit de corps ; et comme ils tenaient aux privilèges de leur ordre, ils se montrèrent peu disposés à faire les sacrifices réclamés par les circonstances ; mais c’était s’exposer à se voir enlever par la force ce qu’ils refusaient d’accorder de bonne grâce. Ils affectèrent une opiniâtreté imprudente, quand la . raison et la politique auraient dû les rendre accommodans et faciles , non seulement dans leur intérêt , mais dans celui du roi lui-même. Soyons justes , toutefois , envers cette brave et malheureuse noblesse. Elle possédait la valeur, sinon l’habileté ou la force de ses ancêtres. Blâmons sa persévérance outrée à garder d’inutiles et surannés privilèges; mais n’oublions pas que «, c’était une portion de son héritage; qu’on renonce difficilement aux droits de cette nature , et que l’homme de cœur ne cède point à la menace. Les nobles se trompèrent sans doute, en n’adoptant point , dès le principe , un esprit de conciliation et de condescendance; mais jamais corps ne souffrit plus cruellement , pour n’avoir pas obéi sans délai à la sommation qui exigeait

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