CHAPITRE IV. l
événement amena l’une des scènes les plus extraordinaires de la révolution.
Repoussés par les sentinelles , les représentons se réfugièrent dans un jeu de paume. Le tonnerre éclatait avec un fracas épouvantable , la pluie tombait par torrens; les orages du ciel semblaient répondre aux orages de la terre. Ainsi exposés à l’inclémence de la tempête, malgré quelques misérables dispositions faites à la hâte, les membres de l’Assemblée signèrent le serment solennel de continuer leurs séances jusqu’à ce que la constitution fût établie sur de solides fondemens. La scène était de nature à produire la plus profonde impression , et sur les acteurs et sur les spectateurs. Cependant, si nous nous reportons à cette époque cféjà reculée, nous serions tentés de demander à quel moment l’Assemblée Nationale se serait séparée si elle eût tenu , à la lettre , son fameux serment. Quoi qu’il en soit , la conduite du gouvernement fut blâmable sous tous les rapports. Il aurait dû prévoir ce fatal événement. Si les ministres y donnèrent lieu par irréflexion , ils étaient coupables * d’une grande insouciance. Si la défense d’entrer dans la chambre, et la suspension des séances de l’Assemblée, avaient pour but d’éprouver les dispositions et la patience de ses membres , c’était un acte de folie pareil à celui d’un
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homme qui irait harceler un lion déjà irrité. Dans tous les cas , le procédé de la cour produisit le plus malheureux effet sur l’esprit public, préparé dès-lors à recevoir avec mécontentement et défiance toute propositionémargée du trône. Au contraire, la magnanime fermeté des représentai, leur unanimité courageuse, fit voir en eux des hommes déterminés à souffiir le martyre plutôt que d’abandonner la défense de leurs propres droits et des droits du peuple.
Trois jours après le serment du jeu de pauipe eut lieu la séance royale. Louis XVI y proposa des mesures offrant à la liberté de ses sujets des garanties qui, une année plus tôt, eussent été acceptées avec des transports de reconnaissance; mais c’était la destinée de cet infortuné monarque de ne jamais faire un pas, soit en avant, soit en arrière, au moment favorable. Quel bonheur pour le roi, pour b France et pour l’Europfe entière, si la science de l’astrologie, autrefois si réputée parmi nous , eût réellement fourni les moyens de choisir des jours prospères! Il y en eut peu dans la vie de Louis qu’on au- * rait pu compter avec les cailloux blancs des anciens. ’
' Dies albo nolancia capi/lo. {Édit.')