CHAPITRE IV. * l
une fois qu’il en aura été investi ; elle aurait pu adopter encore d’autres mesures propres à maintenir cet équilibré si nécessaire à la durée d’un Etat constitutionnel. Ces solides fondemens une fois posés, on leur eût laissé subir l’épreuve du temps , et il eût toujours été facile d’opérer graduellement toutes les améliorations, additions ou changemens dont l’expérience eût démontré l’opportunité.
Mais d’abord les Français , par un esprit d’orgueil national , naturel si l’on veut, quoique peu sage en effet, se seraient peut-être révoltés contre l’idée d’emprunter les bases fondamentales de leur constitution , à celles d’un pays qu’ils étaient accoutumés à regarder comme le rival du leur. En second lieu , la couronne , et surtout les classes privilégiées avec lesquelles ils venaient tout récemment de soutenir une lutte politique, leur inspiraient un sentiment de jalousie qui détournait la majorité de l’Assemblée d’accorder une grande autorité au roi, et aux nobles cette influence dont l’imitation de la constitution anglaise les eût nécessairement investis. Cette majorité craignait que dans la main du roi ou de la noblesse, des privilèges quelconques ne devinssent autant d’armes pour attaquer la constitution nouvelle. De plus, elle avait l’ambition de produire d’un seul jet, et
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par un effort de sa sagesse, upe constitution parfaite, comme on nous représente Minerve sortant tout armée du cerveau de Jupiter. L’Angleterre commença par réformer successivement les abus, et arriva ainsi à des maximes générales de gouvernement. Il était réservé à la France , pensait la majorité de l’Assemblée Nationale, d’adopter un système plus noble et plus digne de son génie; c’est-à-dire qu’on posait des doctrines abstraites de droit public. , pour en déduire les règles d’une législation pratique. Par la même raison , les vaisseaux français sont, dit-on , construits d’après des abstractions mathématiques, tandis que ceux d’Angleterre le sont, ou l’étaient conformément aux règles positives de la mécanique. Mais ici , et en d’autres occasions , il paraît avoir échappé à ces raisonneurs subtils , que les poutres et les madriers sont soumis , de leur nature , à certaines lois qui ne changent point; au lieu que l’homme, grâce aux passions diverses qui l’égarent , agit souvent en sens contraire de sa propre raison , et se trouve exposé , comme la société qui l’entoure, à mille et mille variations qui rendent nécessaires une foule d’exceptions , pour modifier et interpréter toute maxime générale qui traite de ses devoirs et de ses droits.
Ces considérations furent méprisées par le