‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 83 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

corps nombreux des législateurs français , qui , à l’imitation de Médée , résolurent de jeter pêlemêle dans le fourneau régénérateur les pièces et les débris de leur vieille constitution , pour la refondre entièrement , et en retirer une toute nouvelle. Ce mode de procéder fournissait contre lui -même deux grandes objections. D’abord : les inductions pratiques déduites de principes abstraits , sont toujours exposées à contestation de la part de ceux qui nient la mineure d’une proposition, ou affirment que la conclusion est irrégulièrement tiré® des prémisses. Secondement : des législateurs qui posent ainsi la base d’une constitution projetée, sur des idées politiques spéculatives, ressemblent fort à ces tailleurs de Laputa * , qui , dédaignant de prendre mesure à leur pratique , comme fontleürs confrères dans les autres pays, calculent mathématiquement . l’épaisseur et la hauteur de l’individu. Si l’habit ne va pas bien , ce qui arrive presque toujours, ils se persuadent que la partie intéressée se consolera de reste , quand elle saura qu’ils ont travaillé conformément aux règles de l’art, et que les défec-

1 Personne n’ignore que Swift, dans les Voyages de Gulliver, a tourné en ridicule les faiseurs d’expériences et l’abus des abstractions en général. — l'oyez le chapitre de l’ile de Laputa. {Édit.)

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tuosités de l’habit ne peuvent venir que d’un vice de conformation dans la personne. En troisième lieu : des législateurs qui se contentent d’une constitution adaptée à l’état présent des choses , peuvent espérer d’atteindre un jour le but complet. En la présentant au peuple, ils sont fondés à dire que si leur travail n’est point parfait, il a cela de commun avec toutes les institutions humaines ; mais qu’il est aussi bon , en soi , que le permet l’état présent de la société. C’est le contraire avec ces faiseurs de lois qui commencent par tout détruire et se croient obligé^ de changer entièrement la constitution d’un pays. De ceux-là, on est autorisé à ne rien recevoir en deçà de la perfection. Us ne peuvent se retrancher dans leur respect pour d’anciens préjugés, puisqu’ils les ont méconnus ; ni alléguer des considératiohs sociales dont ils n’ont fait aucun cas. Il faut, de nécessité, qu’ils développent jusqu’à ses dernières conséquences le principe qu’ils ont adopté ; mais leurs institutions ne sauraient être invariables , ni garanties des atteintes de nouveaux réformateurs , puisqu’elles porteront le caractère inévitable d’imperfection attaché aux œuvres de l’homme.

Quoi qu’il en soit , la majorité de l’Assemblée Nationale n’en entretenait pas moins le projet

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