CHAPITRE IV
de l’Assemblée partageaient en général cette opinion. Dans le principe , ils avaient été tenus , à l’écart par les avocats et les financiers leurs collègues. Plusieurs d’entre eux étaient doués de talens remarquables ; leur caractère les portait à l’honneur et à la vertu. Mais, dans les grandes révolutions , qui peut se garantir des erreurs de l’enthousiasme et de l’entraînement des passions ? Dans l’excès de leur zèle pour la liberté de leur pays , ils adoptèrent trop souvent cette maxime , qu’un but si glorieux légitimait pour ainsi dire tous les moyens employés pour l’atteindre. Emportés par l’excès d’un patriotisme mal entendu , ils oublièrent malheureusement que le crime est toujours le crime, alors même qu’il est commis pour la cause publique. 1
1 Les Mémoires de madame Roland nous fournissent un exemple de cet excessif et dangereux enthousiasme. Il s’agissait de répandre l’alarme parmi le peuple , d’éveiller son ardeur, et de le faire soulever contre le parti de la cour. Grangeneuve se dévoua, et consentit à être assassiné par des individus choisis exprès , de sorte que le soupçon du crime put retomber sur les aristocrates. Il se rendit au lieu indiqyé; mais Chabot, qui devait partager son sort, ne parut point , et n’avait pas fait non plus les préparatifs nécessaires pour l’assassinat de son ami. Madame Roland , elle-même républicaine exaltée , ne manque pas de relever cet acte
d§ poltronnerie. Qu'é-
Ce fui parmi ces hommes ardens que naquit la première idée de former un club où pourraient se rassembler tous ceux qui professeraient les mêmes opinions politiques. Une fois réunis, ils rendirent leurs séances publiques, établirent des relations avec des sociétés de même nature , dans toutes les parties de la France, et purent ainsi, comme d’un centre commun , propager dans les provinces les plus éloignées les sentimens exaltés qui agitaient la capitale. Par la suite, les fédéralistes , premier nom donné aux républicains par leurs ennemis, durent céder cette arme redoutable aux jacobins , qui ne tardèrent pas à dominer dans l’Assemblée. Entrons dans quelques détails sur la formation et les actes de ce parti.
Cette faction , qui devint ensuite la plus formidable, n’avait point encore jeté le masque, ni osé se déclarer ouvertement contre le sys-
tait-ce pourtant que ce dévoûment patriotique, sinon un plan de fausse accusation contre des hommes innocens , au moyen d’un meurtre ou d’un suicide , et dont le succès devait conduire au massacre et à la proscription ? Ce fut encore cette opinion fausse , outrée , ridicule , que la démocratie seule pouvait opérer le bien public, qui conduisit Barnave et quelques autres à excuser les massacres de septembre. La plupart de ces hommes , au moment de périr , auraient pu dire de la liberté , leur idole , comme Brutus de latverlu : que c’était un vain nom.