CHAPITRE IV
tème d’une monarchie constitutionnelle. Jusqu’alors elle s’était cachée pour ainsi dire derrière les républicains d’un ordre plus élevé et de senLimens plus honorables. Les républicains a va™ il surnommé ces jacobins , les Enragés , ne voyant en eux que vaines bravades et jactance ridicule ; persuadés aussi , quoique à tort, qu’ils pourraient les lancer ou les retenir à leur gré. Mais ils devaient bientôt apprendre que quand on appelle ouvertement la violence à son secours , *les plus forts et les plus féroces devant combattre au premier rang, ne cèdent point leur part du butin, et font ordinairement le partage du lion. Ces jacobins affectaient de porter les idées de liberté et d’égalité Su dernier degré de l’extravagance ; ils excitaient le sourire et le mépris de l’Assemblée , comme des fanatiques peu redoutables à force d’absurdité. Et véritablement, leurs opinions étaient trop exagérées, leurs habitudes trop publiquement dépravées , leurs mœurs d’une grossièreté trop abominable, leurs plans d’une violence trop ridicule pour qu’on leur accordât quelque crédit , à qné^époque où la politesse des formes était encore observée dans la société. Mais ifs 11’en réussirent pas moins à gagner les basses classes, dont ils se prétendaient particulièrement les soutiens, dont ils allumaient les pas-
17a VIE DE NAPOUÈON B tTON APARTE, sions par une éloquence appropriée à cette espèce d’auditeurs , et dont ils flattaient les goûts par une affectation de manières brutales et de vêtemens négligés. Cette adresse leur attacha bientôt de nombreux partisans fanatisés pm' les opinions dont on avait imbu leurs esprits, et trop exaspérés pour reculer devant une démarche quelconque, ordonnée par les démagogues. Quel était le but réel de ces hommes ? il est impossible de le dire. A peine pouvonsnous leur faire l’honneur d’attribuer à la folie ces démonstrations d’extravagance patriotique. Il est plus probable ciue chacun d’eux espérait , n’importe comment, terminer l’affaire à son profit personnel. En attendant, ils se réunissaient tous pour favoriser l’impulsion révolutionnaire , empêcher le retour de l’ordre et de la tranquillité , combattre et détruire toute espèce de gouvernement paisible* et régulier. Sachant bien que le retour des lois et de la stabilité accumulerait sur eux autant de haine que de mépris , ils étaient déterminés à profiter du désordre existant pour se saisir , dans le naufrage national , de tout ce que la tempête pourrait jeter sous leurs mains.
Cette ignoble faction de désespérés n’aurait pu néanmoins , malgré toute son activité , atteindre ce degré d’influence qu’elle