CHAPITRE IV
exerçait sur la lie du peuple , si elle n’eût possédœen môme temps les moyens de suborner les chefs subalternes de la populace. On les trouva , s’il faut en croire l’opinion générale , dans l’immense fortune du premier prince du sang , le duc d’Orléans , dont le nom figure si malheureusement dans l’histoire de cette épou, que. Au rapport de tous les historiens, beaucoup de pamphlétaires et de journalistes étaient payés par lui pour inonder le public de fausses nouvelles et de déclamations furibondes contre la couronne. Ce prince, dit-on, soudoyait ces démagogues féroces qui venaient tous les soirs haranguer le peuple dans le Palais-Royal , et l’excitaient ouvertement aux plus violens outrages envers les personnes objets de leur haine, et aux plus violentes agressions sur leurs propriétés. Sa bourse était encore ouverte à ce l’amas d’individus qui assistaient régulièrement aux débats de l’Assemblée , encombraient les galeries à l’exclusion du public , applaudissaient, sifflaient, dictaient pour ainsi dire les délibérations, et à qui les représentans adressaient quelquefois des allocutions comme s’ils eussent été véritablement le peuple , dont ils n’étaient que le rebut et la honte.
De plus graves accusations pèsent sur le duc d’Orléans. Une foule d’étrangers à l’œil hagard,
174 VIE DE NAPOLÉON BÜON APARTE, au maintien farouche , inconnus à la p<^ce , qui exerçait encore un reste de surveillance , commencèrent à se montrer dans Paris, comme ces oiseaux sinistres qui ne paraissent qu’au moment des orages. Tous étaient réputés à la solde du prince et subornés par ses agens pour guider la populace stupide et corrompue de cette vaste capitale , et la pousser à tous les » excès. Ces manœuvres, dit-on, avaient pour objet un changement de dynastie. En déposant son cousin , le duc d’Orléans eût satisfait sa vengeance. La couronne pour lui - même , ou du moins le titre de lieutenant-général de France avec les pouvoirs de la royauté , eût satisfait son ambition. Les plus audacieux , les plus déhontés jacobins passent pour avoir appartenu , dans l’origine , à la faction d’Orléans; depuis, l’ayant vu manquer de résolution, et laisser échapper l’occasion de poursuivre ses avantages, ils abandonnèrent ce chef (toujours néanmoins l’objet de leurs flatteries et de leurs déceptions) ; mais se mettant à la tête des partisans réunis en sa faveur, et payés de sa caisse, ils travaillèrent à leur propre fortune.
Indépendamment de ces partis, dont la divergence d’opinion se fit mieux sentir à mesure que la révolution faisait des progrès, l’Assemblée contenait aussi le nombre ordinaire de ces