CHAPITRE IV
politiques prudens qui sont dirigés par les événemens, et qui, comine du temps de Cronnvell, s’appelaient les serviteurs de la Providence 1 ;. tous hommes qui auraient pu dire avec le meunier de la fable : Nous n’avons pas le pouvoir de régler le cours du vent, mais nous pouvons disposer nos voiles de manière à en profiter , de quelque côté qu’il souffle.
Si le gouvernement eût temporisé , cette division eût assurément servi la cause royale; mais on décida malheureusement Louis XVI à des mesures qui réunirent loirs ces partis dans un sentiment commun d’hostilité envers la couronne et de résistance à scs prétentions.' Il avait été résolu que le roi prendrait une attitude menaçante , et qu’il se mettrait à la tête d’une force respectable. Des ordres furent donnés en conséquence.
En approuvant la plupart des propositions faites à l’Assemblée, dans la séance royale, Necker s’était énergiquement prononcé contre quelques autres. Il s’opposait aussi à ce qu’on dirigeât des troupes sur Y ersailles et sur Paris , dans le dessein d’effrayer la capitale et l’Assemblée elle-même au besoin. Necker reçut sa dé-
1 IVaiters on Providence, ceux qui s’en remettaient de tout à la Providence. {Edit.')
176 VÏB DE NAPOLÉON BUON APARTE.
mission ; la cour et le peuple, pour la seconde fois , semblèrent se préparer à une guerre ouverte. Au premier abord, les troupes paraissaient entièrement disposées à soutenir la cause du roi. Trente régimens furent répartis autour de Paris et de Versailles. Ils étaient commandés par le maréchal de Broglie, général de mérite, et ennemi de la révolution. Un corps nombreux vint camper sous les murs de Paris. La ville était ouverte de tous côtés, et ne pouvait être défendue que par une populace désarmée ; mais les avantages de la cour n’existaient qu’en apparence. Déjà, plusieurs moyens de séduction avaient réussi auprès des gardes-françaises, qui, pour parler le langage de l’époque, avaient fraternisé avec le peuple. Ces troupes, d’ailleurs, étaient peu attachées à leurs officiers, dont la plupart ne Voyaient leur compagnie que les jours de parade ou de service. Un incident, qui peut-être n’était qu’une épreuve pour bien connaître leurs dispositions, détermina tout à coup une crise funeste. Les soldats recevant en secret des moyens de dissipation inaccoutumée, l’indiscipline faisait chaque jour de nouveaux progrès parmi eux. On voulut y mettre un terme; onze gardes furent envoyés en prison. La populace les délivra de -vive force , et les mit sous la protection des habitans. On peut