‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 89 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

juger de l’effet que produisit cette conduite sur le régiment tout entier. Il se composait de trois mille six cents hommes, les meilleurs soldats de France, parfaitement exercés aux manœuvres militaires, maîtres de tous les postes iinportans delà ville, et soutenus par une populace, non disciplinée si l’on vent, mais innombrable.

La coopération de ces troupes rendait les révolutionnaires maîtres de Paris , et l’armée du maréchal ne les en eût pas sans doute délogés facilement; mais cette armée elle-même était plus disposée à favoriser qu’à réprimer l’insurrection. Le mode de séduction qui avait réussi auprès des gardes-françaises fut adroitement employé parmi les autres corps, et les régimens campés sous Paris ne furent point oubliés. Ce que le soldat recherche avec le plus d’ardeur, le vin , les fermnes , l’argent , tout leur était prodigué. Ce fut au sein de la débauche et de l’indiscipline que l’armée française abjura ce dévoûmcnl à ses rois, jadis l’objet d’une idolâtrie sans binites.

Ainsi, au milieu des vapeurs de l’ivresse, et à l’instigation de viles courtisanes , était tombé le temple de Persépolis. Restait les régimens étrangers ; mais on n’était pas bien sûr de leurs dispositions. Les employer contre Paris , c’eût été confirmer les soldats français dans leur éloi-

Vie ub Nav. Biron. Tome 1. 1»

gncment à servir la cause royale , exclusivement défendue par les étrangers seuls.

Cependant, les noires manœuvres traînées depuis long-temps pour opérer une insurrection générale dans Paris allaient produire leur effet. Deux fois la populace s’était mesurée avec les gens d’armes et un régiment de cavalerie allemande ; deux fois elle avait eu l’avantage , et le succès avait enflé son audace. Le nombre de ces désespérés qui devaient guider la rage populaire s’était considérablement accru. La fureur avait appelé la fureur 1 . De toutes les provinces, à la voix des clubs de Paris , étaient arrivés les confédérés les plus ardens et les plus intrépides. Des troupes de forçats, de déserteurs, de vagabonds de toute espèce , pullulaient dans la capitale comme ces corbeaux qui voltigent autour d’un cadavre. Parmi eux s’agitait une vile populace , toujours prête au désordre et au pillage. A leur tête , et pour les encourager aux excès, se montraient des hommes la plupart enthousiastes sincères de la liberté , et persuadés que son triomphe dépendait de la chute du gouvernement établi. Les républicains, les jacobins, ne gardaient plus de mesure ni dans leur langage

1 En anglais : Deep had called to deep ; l'abîme avait appelé l’abîme, expression biblique : abyssus abyssurn invocat. Ps. XLI , verset 8. (Édit.)

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