‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 90 sur 204 · CHAPITRE IV. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. I

ni dans leurs actions , et poussaient à la révolte par tous les moyens en leur pouvoir. Plus passifs, les constitutionnels voyaient cependant avec joie la tempête. C’était, à leurs yeux , mie crise nécessaire pour forcer le roi à remettre en leurs mains les rênes de l’Etat. On aurait pensé que la couronne allait rassembler toutes les forces à sa disposition , au moins pour assurer la tranquillité publique , et prévenir ce système • général de rapine et de brigandage. Aucune force ne parut. Les habitans coururent aux armes par milliers et myriades, pillèrent l’arsenal du roi pour s’en procurer, formèrent la garde bourgeoise, qu’on nomma dans la suite garde nationale , et se placèrent sous le commandement de La Fayette, indication certaine qu’ils embrasse^nent ce qu’on appelait le parti constitutionnel':

Une autre portion considérable de la population s’empara de piques. De ce moment cette arme fut réputée révolutionnaire. Le baron de Bezenval , à la tête des gardes-suisses , de deux régimens étrangers et de huit cents chevaux, • se contenta d’une faible démonstration, qui ne servit qu’à encourager les insurgés , et sortit de Paris sans avoir brûlé une amorce, n’ayant point d’ordres pour agir, dit-il dans ses Mémoires, et craignant de hâter la guerre civile. Sa retraite

l8o VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

lut le signal d’une insurrection générale , dans laquelle les gardes-françaises, la garde nationale et la populace parisienne prirent la Bastille, et massacrèrent une partie de la garnison.

Il n’entre pas dans notre plan de retracer en détail les événemens de la révolution ; mais seulement d’en faire connaître l’esprit et la tendance. Nous pouvons, dèsà présent, noter deux changemens remarquables qui eurent lieu pour la première fois dans le caractère du bas peuple parisien.

Les badauds de Paris, ainsi qu’on les appelait par dérision , avaient été considérés jusqu’alors comme une espèce d’hommes légers, frivoles, insoucians, amoureux de nouvelles, sans chercher beaucoup à distinguer le vrai du faux; prompts à s’enflammer, mais incapables fle prendre une résolution ferme et bien concertée , plus incapables encore de l’exécuter ; et tellement faciles à effrayer par la vue d’une force armée , que douze cents exempts de police avaient suffi jusque-là pour tenir Paris en res- * pect. Mais dans l’attaque de la Bastille ils se montrèrent audacieux , résolus , opiniâtres , ardens et intrépides. Cette énergie toute nouvelle venait en partie de l’appui qu’ils trouvaient dans les gardes-françaises ; mais il faut surtout l’attribuer à ce caractère d’élévation et de fierté qui

Page 1