CHAPITRE IV
appartient à l’esprit révolutionnaire , et à la coopération d’individus plus distingués, dont la présence et le langage influent toujours sur la populace. La garnison de la Bastille était faible à la vérité ; mais les fossés profonds du château , ses remparts formidables semblaient devoir la mettre à l’abri des assauts; et le triomphe du peuple, dans une entreprise qui paraissait inexécutable, jeta la consternation dans l’esprit du roi et des royalistes.
Une autre particularité remarquable, c’est que les Français, l’une des nations les plus aimables et les plus polies du monde , parurent tout à coup dans cette révolution , non pas seulement poussés par le courage, mais animés de la rage et de la fureur d’une bête féroce qui vient de briser sa chaîne. Foulon et Berthier, tous deux réputés ennemis du peuple, furent mis à mort avec un raffinement de barbarie et de cruauté qui ne se retrouve que chez les sauvages. Rivaux des cannibales, il se trouva des hommes, ou plutôt des monstres, qui prenaient plaisir à déchirer les membres de leurs victimes, à leur manger le cœur, à boire leur sang. L’exagération des nouvelles maximes de liberté, l’animosité qui naît d’une commotion politique ne suffisent point pour expliquer ces atrocités-, mémo dans la plus vile et la plus
ignorante populace. Ceux qui lui montraient l’exemple dans ces cruautés inouïes , étaient sans doute des assassins de profession inélés parmi elle , comme de vieux dogues au milieu d’une jeune meute, pour la guider, l’exciter au carnage, et lui donner des leçons de barbarie qu’elle ne retient que trop facilement , et qu’elle n’oublie presque jamais. La capitale était entièrement au pouvoir des insurgés; Louis XVI se trouvait placé entre la guerre civile et une soumission complète. Quant à la guerre civile, beaucoup de motifs existaient pour qu’elle eût lieu. Tous les mouveinens opérés dans Paris avaient eu le caractère insurrectionnel , sans aucune autorisation de la part des représentans , qui discutaient froidement l’ordre du jour à V ersailles , pendant que le peuple renversait les châteaux et massacrait les prisonniers , sans y être poussé par l’Assemblée , sans la participation , disons-nous, de ses chefs civils. En effet, le prévôt des marchands fut assassi né dès le commencement de l’émeute. Un comité d’électeurs trcinblans conservait seul une apparence d’autorité, qu’il était contraint d’exercer souslasurveillance et au gré d’une multitude en délire. Beaucoup d’habitans avaient pris les armes ; mais pour leur défense personnelle et celle de leur famille , et non pour les tourner contre l’autorité royale.